La thèse défendue : « L'islam garantit la liberté de conscience : "Nulle contrainte en religion" (2:256). »
Notre conclusion : la tradition classique offre la liberté d'entrer dans l'islam, pas celle d'en sortir. Les hadiths authentiques ordonnent de tuer celui qui change de religion, et les juristes proposent comme seule issue de… revenir à l'islam. C'est bien la croyance qui est punie, pas une trahison. En France, quitter une religion est un droit. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que disent le Coran, les hadiths authentiques et les trois exégètes sur la sortie de l'islam (ridda) : y a-t-il une peine prévue dans le texte, laquelle, pour qui, et comment la formule « nulle contrainte en religion » (2:256) s'articule-t-elle avec elle ?
Objection courante de l'athée : le Prophète ordonne de tuer celui qui change de religion ; l'islam punit de mort la liberté de conscience, ce qui contredit « nulle contrainte en religion ».
Réponse courante du musulman : le Coran ne prévoit aucune peine terrestre pour la sortie individuelle (2:217, 16:106, 3:86) ; le hadith vise la désertion armée ou la trahison de la communauté (« al-mufāriq li-l-jamā‘a ») ; 2:256 est un principe général.
Sources : quran.com/2/256, 2/217, 16/106 (et 3/86, 4/89).
| Verset | Contenu (Hamidullah) | Remarque |
|---|---|---|
| 2:256 | « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s'est distingué de l'égarement. » | « lā ikrāha fī l-dīn » |
| 2:217 | « ceux parmi vous qui adjureront leur religion et mourront infidèles, vaines seront pour eux leurs actions dans la vie immédiate et la vie future. Voilà les gens du Feu » | sanction : œuvres vaines, Feu ; le texte ne prévoit pas de peine terrestre pour la sortie |
| 16:106 | « Quiconque a renié Allah après avoir cru — sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité de la foi — [...] auront sur eux une colère d'Allah et un châtiment terrible » | exception de la contrainte (ukriha) |
| 3:86 | « Comment Allah guiderait-Il des gens qui n'ont plus la foi après avoir cru [...] » | suivi de 3:89 : « sauf ceux qui, après cela, se repentent » |
| 4:89 | « s'ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez » | contexte : ceux qui refusent d'émigrer et sont ennemis ; voir 2.3 |
Ce que les versions donnent - Le hadith d'Ibn ‘Abbas est général (« man baddala dīnahu ») ; celui d'Ibn Mas‘ud est restreint par « se séparant de la communauté ». - Le récit de Mu‘adh est un cas individuel : un converti retourné à sa religion, tué sans autre acte mentionné. - Aucun de ces trois hadiths ne mentionne de délai de repentir ni de procédure.
al-Qurtubi (sous 2:256) — capture :
Il donne six avis sur « lā ikrāha » : (1) abrogé par « combats les mécréants et les hypocrites » (Sulayman ibn Musa, Ibn Mas‘ud, nombreux exégètes) ; (2) non abrogé, visant les gens du Livre qui paient la jizya ; les idolâtres, eux, ne sont acceptés que musulmans (al-Sha‘bi, Qatada, al-Hasan, al-Dahhak) — ‘Umar à une vieille chrétienne : « Deviens musulmane », puis, devant son refus, récite le verset ; (3) cause : les Ansar dont les enfants avaient été élevés dans le judaïsme à Banu al-Nadir (Ibn ‘Abbas, Abu Dawud), « le plus valide par la chaîne » (al-Nahhas) ; (4) cause : les deux fils d'un Ansari, Abu al-Husayn, devenus chrétiens (al-Suddi) ; (5) « ne dites pas à celui qui s'est converti sous l'épée qu'il y a été forcé » ; (6) captives : les adultes des gens du Livre ne sont pas contraintes.
Ibn Kathir (sous 2:256) — capture :
« N'obligez personne à entrer dans l'islam : il est clair » ; cause : les Ansar (Abu Dawud, Nasa’i, Ibn Hibban). Puis : « beaucoup de savants ont dit que cela vise les gens du Livre qui paient la jizya ; d'autres, que le verset est abrogé par le verset du combat, et qu'on doit appeler toutes les nations à l'islam ; qui refuse, sans se soumettre ni payer la jizya, est combattu. » Il cite aussi le hadith « aslim wa-in kunta kārihan » (Ahmad, Anas) : « ce n'est pas de la contrainte : le Prophète l'a appelé et lui a dit que Dieu lui donnerait la sincérité ».
al-Qurtubi (sous 2:217) — captures :
« « Wa-man yartadid » : revenir de l'islam à l'infidélité ; « œuvres vaines » ; le verset est une menace pour que les musulmans persévèrent. » Puis trois questions juridiques : (a) l'apostat est-il invité à se repentir (istitāba) ? Certains : oui, ou il est tué ; délais variés (une heure, trois jours selon ‘Umar et ‘Uthman, un mois, « cent fois » selon al-Hasan) ; d'autres : il est tué sans délai (al-Majishun, al-Shafi‘i dans un avis, citant le cas de Mu‘adh) ; Abu Hanifa : on lui propose l'islam, on lui accorde trois jours s'il le demande ; Malik : les zanādiqa sont tués sans istitāba ; (b) la femme apostate : tuée selon Malik, al-Awza‘i, al-Shafi‘i, al-Layth (« man » est général) ; non tuée selon al-Thawri, Abu Hanifa, Ibn Shubruma, ‘Ata', al-Hasan : Ibn ‘Abbas, qui a transmis le hadith, ne la tuait pas, et le Prophète a interdit de tuer les femmes ; (c) celui qui passe d'une incroyance à une autre : Malik et la majorité : pas tué ; al-Shafi‘i (selon Ibn ‘Abd al-Hakam) : tué.
al-Qurtubi et Ibn Kathir (sous 16:106) — capture :
Le verset a été révélé pour ‘Ammar ibn Yasir : les polythéistes le torturèrent ; il leur dit ce qu'ils voulaient ; le Prophète lui demanda : « Comment trouves-tu ton cœur ? — Rassuré par la foi. — S'ils reviennent, reviens. » (Qurtubi ; Ibn Kathir : ‘Ammar avait insulté le Prophète). Ibn Kathir : l'exception est celle qui a dit le mot de l'incroyance sous la contrainte.
Ibn Kathir (sous 3:86) : cause : un Ansari qui avait apostasié et rejoint les polythéistes, puis regretté, envoya demander au Prophète s'il avait une repentance ; le verset révélé (jusqu'à « sauf ceux qui se repentent ») ; autre cause : al-Harith ibn Suwayd qui revint et « fit bon son islam ».
al-Qurtubi et Ibn Kathir (sous 4:89) : « fa-in tawallaw fa-khudhūhum wa-qtulūhum » : ils sont ceux qui n'émigrent pas et deviennent ennemis (Ibn Kathir : « ils ont manifesté leur incroyance », al-Suddi) ; Qurtubi : « s'ils se détournent du monothéisme et de l'émigration, capturez-les et tuez-les ».
En une phrase : en France, on peut entrer dans une religion et en sortir librement, et personne n'a le droit de le faire payer.
Ce bloc répond simplement à une question : « nulle contrainte en religion » est-il compatible avec la peine de mort pour l'apostat ? On prend la défense la plus solide et on la soumet à quatre tests de logique.
La défense, en trois points : (A) le Coran ne prévoit aucune peine terrestre pour la sortie de l'islam (2:217, 16:106, 3:86) ; (B) le hadith « tuez-le » vise la trahison politique ou la désertion armée, pas la croyance ; (C) « nulle contrainte en religion » (2:256) est un principe général de liberté.
Principe utilisé : la non-contradiction (une chose ne peut pas être à la fois A et non-A).
« Nulle contrainte en religion » (2:256). Et : « Celui qui change sa religion, tuez-le » (Bukhari 6922). Pour les concilier, les exégètes expliquent que le verset interdit de forcer quelqu'un à entrer dans l'islam. Mais celui qui veut en sortir risque la mort.
Une liberté qui ne permet pas de changer d'avis n'est pas une liberté. C'est comme un contrat qu'on signe librement mais qu'on ne peut jamais résilier sous peine de mort. On ne peut pas dire à la fois « personne n'est contraint » et « celui qui part est tué ».
Réponse des défenseurs : entrer dans l'islam est un engagement, et le rompre est grave. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est précisément la définition d'une contrainte. Si la sortie est punie de mort, rester n'est plus un choix.
Principe utilisé : l'examen des conséquences (une règle se juge à ce qu'elle exige concrètement).
Si le hadith visait la trahison armée, on demanderait au coupable de déposer les armes. Or les juristes cités par Qurtubi discutent d'un délai pour que l'apostat se repente : une heure, trois jours, un mois. Et ce repentir consiste à revenir à l'islam. Ils débattent aussi de savoir si l'on tue la femme apostate, ou celui qui passe d'une incroyance à une autre.
Ces débats n'ont de sens que si le crime est la croyance elle-même. Le récit de Mu‘adh le confirme : un homme, juif devenu musulman puis revenu au judaïsme, est tué. Aucun acte de guerre, aucune trahison n'est mentionné (Bukhari 6923).
Réponse des défenseurs : la version d'Ibn Mas‘ud précise « qui se sépare de la communauté » (Bukhari 6878). Pourquoi ça ne suffit pas : dans la tradition classique, quitter la religion, c'est déjà se séparer de la communauté. Et les juristes n'exigent nulle part la preuve d'un acte armé.
Principe utilisé : la cohérence interne (une règle ne doit pas produire ce que le même texte condamne).
Le Coran accorde de l'importance à la foi du cœur : ‘Ammar, qui renie l'islam sous la torture, est excusé parce que son cœur reste croyant (16:106). Le Coran condamne aussi durement les hypocrites, ceux qui affichent une foi qu'ils n'ont pas.
Or menacer de mort celui qui ne croit plus produit exactement cela : des gens qui font semblant de croire pour rester en vie. La règle crée les hypocrites que le texte condamne, et rend impossible de savoir qui croit vraiment.
Réponse des défenseurs : la règle protège la communauté contre la division. Pourquoi ça ne suffit pas : une communauté que l'on ne peut pas quitter n'est pas unie, elle est captive. Et une foi gardée sous la menace n'a, selon le Coran lui-même, aucune valeur.
Principe utilisé : la citation sélective (ne montrer que la partie d'un dossier qui arrange).
Qurtubi rapporte six avis sur « nulle contrainte en religion ». Le premier, attribué à Ibn Mas‘ud et à de nombreux exégètes, dit que le verset est abrogé par l'ordre de combattre les mécréants. Le deuxième le limite aux gens du Livre qui paient la jizya. Ibn Kathir rapporte les mêmes avis.
Le verset 2:256 est donc mis en avant dans les débats publics comme preuve de la tolérance de l'islam, alors qu'une partie importante de la tradition classique le considère comme abrogé ou limité. Présenter le verset sans dire cela, c'est ne montrer qu'une partie du dossier.
Réponse des défenseurs : d'autres avis jugent le verset toujours valable. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est vrai, mais alors il faut dire honnêtement que la tradition est divisée, et non affirmer que l'islam garantit la liberté de conscience comme si c'était une évidence.
La tradition classique tient deux affirmations incompatibles : « nulle contrainte en religion » et « celui qui change de religion, tuez-le ». Pour les concilier, elle limite la liberté à l'entrée, déclare le verset abrogé, ou réduit l'apostasie à une trahison. Mais la seule issue offerte à l'apostat (redevenir musulman) montre que c'est bien la croyance qui est punie.
Ce que le lecteur peut retenir : une liberté qu'on n'a pas le droit de quitter n'est pas une liberté.
Ce que cette fiche ne dit pas : de nombreux musulmans et penseurs contemporains rejettent cette peine. La fiche juge les textes classiques et l'argument apologétique, pas des personnes.