La thèse défendue : « L'islam ne punit pas l'insulte au Prophète ici-bas : le Coran ne prévoit qu'un châtiment divin, et le Prophète pardonnait. »
Notre conclusion : le Coran seul ne fixe pas de peine, c'est exact. Mais Bukhari rapporte que le Prophète a demandé qu'on tue Ka‘b ibn al-Ashraf parce qu'il « a offensé Dieu et son Prophète », en autorisant la ruse pour y parvenir. D'autres récits montrent des meurtres d'insulteurs approuvés après coup. Montrer seulement les exemples de douceur, c'est cacher la moitié du dossier. En France, le blasphème est libre et la violence est un crime. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que disent le Coran et les hadiths authentiques sur « ceux qui offensent Dieu et son Prophète », y a-t-il dans le texte une peine terrestre, et que rapportent les exégètes sur la mort des insulteurs, le repentir et la moquerie ?
Objection courante de l'athée : l'islam punit de mort le blasphème et l'insulte au Prophète, ce qui nie la liberté d'expression.
Réponse courante du musulman : le Coran ne prévoit pour ceux qui offensent Dieu et son Prophète qu'une malédiction et un châtiment divin ; les cas de mise à mort rapportés visent des opposants en guerre ou des trahisons ; le Prophète a répondu avec douceur à des insultes.
Sources : quran.com/33/57, 33/58, 33/61, 9/61, 9/65.
| Verset | Contenu (Hamidullah) | Remarque |
|---|---|---|
| 33:57 | « Ceux qui offensent Allah et Son messager, Allah les maudit ici-bas, comme dans l'au-delà et leur prépare un châtiment avilissant. » | « yu’dhūna » : nuire, offenser ; sanction divine (malédiction, châtiment) |
| 33:58 | « Et ceux qui offensent les croyants et les croyantes sans qu'ils l'aient mérité, se chargent d'une calomnie et d'un péché évident. » | calomnie (buhtān) |
| 33:60-61 | « S'ils ne cessent pas [...] Ce sont des maudits. Où qu'on les trouve, ils seront pris et tués impitoyablement » | visent « les hypocrites, ceux qui ont une maladie dans le cœur, les agitateurs à Médine » (voir 2.3) |
| 9:61 | « Il en est parmi eux ceux qui font du tort au Prophète et disent : "Il est tout oreille." [...] Et ceux qui font du tort au Messager d'Allah auront un châtiment douloureux. » | sanction : châtiment douloureux |
| 9:65 | « Si tu les interrogeais, ils diraient : "Nous ne faisions que bavarder et jouer." Dis : "Est-ce d'Allah, de Ses versets et de Son Messager que vous vous moquiez ?" » | suivi de 9:66 : « Ne vous excusez pas : vous avez mécru après avoir cru » |
Ce que les versions donnent - Un cas de mise à mort dans les deux Ṣaḥīḥ : Ka‘b ibn al-Ashraf, motivé par « il a offensé Dieu et son Prophète » ; les deux versions lues ne détaillent pas ses poèmes ni son rôle en conflit. - Les récits d'Abu Dawud (4361, 4362) sont des meurtres individuels dont le Prophète déclare le sang « perdu » ; ils sont des Sunan, non des Ṣaḥīḥ. - Un contre-exemple de patience : Bukhari 6024 / 6401 : la réponse du Prophète à une insulte est « et sur vous », avec reproche à ‘A’isha ; Abu Bakr refuse de faire couper le cou à un homme qui l'a offensé (4363).
Ibn Kathir (sous 33:57) — capture :
« Dieu menace celui qui lui désobéit et qui offense son Prophète par blâme ou dénigrement » ; il cite ‘Ikrima : le verset concerne les « peintres d'images » ; Ibn ‘Abbas : ceux qui critiquèrent le mariage avec Safiyya ; « le sens apparent est que le verset est général pour quiconque l'a offensé » ; celui qui l'offense offense Dieu. Pour 33:58 : l'imputation de ce que les croyants n'ont pas fait est buhtān ; il cite le hadith de la médisance (ghība) et applique le verset aux Rāfiḍa qui dénigrent les Compagnons.
al-Qurtubi (sous 33:57) — capture :
« Offenser Dieu : par l'incroyance, lui prêter épouse, fils ou associé (majorité) ; ‘Ikrima : par la représentation d'images ; offenser le Prophète : tout ce qui l'offense en paroles, de plusieurs façons : "sorcier, poète, devin, fou" ; en actes : la dent brisée à Uhud, les entrailles jetées sur son dos prosterné à La Mecque. » « La‘anahum » : « éloignés de tout bien » ; il n'indique pas de peine terrestre fixée par le verset dans le passage lu.
al-Qurtubi et Ibn Kathir (sous 33:60-61) : Qurtubi : « si les hypocrites persistent, ils n'ont pas de résidence à Médine, sinon chassés et maudits ; et c'est ce qu'on leur a fait : à la révélation de Bara’a, le Prophète dit : "Un tel, lève-toi et sors, tu es hypocrite", et les musulmans les ont fait sortir de la mosquée » ; Ibn Kathir : « maudits, chassés, éloignés ; où qu'on les trouve, saisis ». Dans ces passages, l'exécution décrite est conditionnée (« s'ils ne cessent pas »).
al-Qurtubi (sous 9:65) — capture :
« Ils ont dit "bavarder et jouer" : Ibn al-‘Arabi : jidd ou hazl, c'est de l'incroyance : le hazl envers l'incroyance est incroyance sans désaccord (lā khilāf bayna l-umma) » ; il cite le reproche de Dieu à ceux qui se moquent (« tu nous prends pour objet de moquerie ? — Je me garde d'être des ignorants »). Il note que le verset descend à Tabuk (Waddi‘a ibn Thabit, ‘Abdallah ibn Ubayy selon al-Naqqash, corrigé par Ibn ‘Atiyya).
Ibn Kathir (sous 9:65) — capture :
« Parmi eux, Waddi‘a ibn Thabit et Makhshin ibn Humayyir ; Makhshin dit : "Je préférerais être fouetté de cent coups pourvu qu'il ne descende pas de Coran sur nous." Celui qui fut gracié dans ce verset est Makhshin ibn Humayyir : il changea de nom en ‘Abd al-Rahman, demanda à Dieu de mourir en martyr sans qu'on sache où, et mourut à la bataille de Yamama sans qu'on retrouve sa trace. »
al-Tabari (sous 33:57) : « ceux qui offensent Dieu par leur désobéissance... ; leur malédiction : Dieu les éloigne de sa miséricorde ici-bas et dans l'au-delà ; ils auront un châtiment avilissant » (Qatada : le mariage avec Safiyya). Pas de peine terrestre dans ce passage.
En une phrase : en France, on a le droit d'offenser une croyance ; personne n'a le droit de le faire payer.
Ce bloc répond simplement à une question : est-il vrai que l'islam ne punit pas l'insulte au Prophète ? On prend la défense la plus solide et on la soumet à quatre tests de logique.
La défense, en trois points : (A) le Coran ne prévoit qu'une malédiction et un châtiment divin (33:57, 9:61) ; (B) les mises à mort rapportées visaient des ennemis en guerre ; (C) le Prophète répondait aux insultes avec douceur (Bukhari 6024).
Principe utilisé : s'en tenir au texte (on ne remplace pas le motif écrit par un motif plus commode).
Dans Bukhari 4037, le Prophète demande : « Qui se charge de Ka‘b ibn al-Ashraf, qui a offensé Dieu et son Prophète ? ». Muhammad ibn Maslama se propose, demande la permission de mentir à Ka‘b pour l'approcher, l'obtient, et le tue.
Le motif écrit est l'offense. La défense remplace ce motif par un autre (« la guerre », « la trahison ») qui n'est pas dans le récit. Elle répond donc à un texte qui n'existe pas.
Réponse des défenseurs : Ka‘b excitait les ennemis contre Médine, d'autres sources le disent. Pourquoi ça ne suffit pas : même si c'est vrai, le Prophète, dans le récit authentique, nomme l'offense comme raison. Et une mise à mort par ruse, sans procès, reste une exécution sans jugement.
Principe utilisé : les conséquences (une règle se juge à ce qu'elle autorise).
Abu Dawud 4361 : un aveugle tue, de nuit, la mère de ses enfants parce qu'elle insultait le Prophète. Le Prophète déclare : « pas de compensation pour son sang ». Abu Dawud 4362 : un homme étrangle une femme juive pour la même raison ; même décision.
Il n'y a ni procès, ni juge, ni défense : un particulier tue, et le meurtre est validé. Ce n'est pas un « châtiment divin dans l'au-delà », c'est une mort ici-bas, approuvée.
Réponse des défenseurs : ces récits ne sont pas dans Bukhari ou Muslim. Pourquoi ça ne suffit pas : ils figurent dans un des six recueils de référence, et la tradition les a transmis sans les condamner. Si on les rejette, il faut le dire et expliquer pourquoi, au lieu de les passer sous silence.
Principe utilisé : l'aveu implicite (ce qu'une phrase suppose pour avoir un sens).
Quand Abu Barza propose de couper le cou d'un homme qui a offensé Abu Bakr, celui-ci refuse : « Cela n'est permis à personne après Muhammad » (Abu Dawud 4363).
Cette phrase n'a de sens que si, pour Muhammad, c'était permis. Le hadith cité pour montrer la modération confirme en fait que tuer celui qui offense le Prophète était admis.
Réponse des défenseurs : justement, cela montre que la règle s'est arrêtée avec le Prophète. Pourquoi ça ne suffit pas : cela montre que la règle a existé, ce que la défense (A) niait. Et la question reste : pourquoi un prophète porteur d'une morale parfaite aurait-il eu ce droit ?
Principe utilisé : la cohérence du concept de Dieu (un être parfait ne peut pas être atteint par des mots).
Le Coran parle de ceux qui « offensent Dieu » (33:57). Mais si Dieu est tout-puissant et parfait, une insulte humaine ne peut ni le blesser ni le diminuer. Soit Dieu peut être atteint, et il n'est pas parfait. Soit il ne peut pas l'être, et punir le blasphème ne protège pas Dieu : cela protège les sentiments des croyants, ce qui est une affaire humaine, pas divine.
Réponse des défenseurs : « offenser Dieu » signifie désobéir, pas le blesser. Pourquoi ça ne suffit pas : alors l'insulte n'est qu'une désobéissance parmi d'autres, et rien ne justifie de la punir plus durement qu'un autre péché.
Le Coran seul ne prévoit pas de peine terrestre, c'est exact. Mais la tradition authentique rapporte une exécution ordonnée pour offense (Ka‘b), des meurtres privés approuvés, et une phrase d'Abu Bakr qui confirme que c'était permis au Prophète. Ne citer que l'épisode de douceur avec ‘A’isha, c'est choisir ses preuves.
Ce que le lecteur peut retenir : « l'islam ne punit pas l'insulte au Prophète » est vrai du Coran, faux de la tradition qui l'accompagne.
Ce que cette fiche ne dit pas : la grande majorité des musulmans ne cautionne aucune violence contre les blasphémateurs. La fiche juge des textes et un argument, pas des personnes.