La thèse défendue : « "Vos femmes sont un champ" est une simple image de fécondité, qui ne dit rien contre la femme. »
Notre conclusion : le verset ne dit pas que la femme est une chose, c'est vrai. Mais il parle uniquement de ce que l'homme veut (« comme vous voulez »). Les exégètes en tirent des règles précises sur les positions et les orifices, et pas une ligne sur l'accord de l'épouse. Un texte qui règle autant de détails et oublie le consentement n'est pas neutre. En France, le consentement est obligatoire, y compris entre époux. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que dit exactement ce verset sur les rapports conjugaux, que signifie la formule « allez à votre champ annā shi’tum » (« comme/quand/où vous voulez »), et quelles limites les sources sunnites authentiques y mettent-elles ?
Objection courante de l'athée : le verset assimile les femmes à un champ à labourer, objet à la disposition du mari, « comme vous voulez » ; le texte ne mentionne ni le désir ni le consentement de l'épouse.
Réponse courante du musulman : la comparaison est une image de fécondité (le champ = le lieu du semis et de l'enfant) ; le verset répond à une rumeur juive selon laquelle un enfant conçu par derrière naîtrait louche ; et les exégètes classiques bornent la liberté accordée à un seul « lieu » (ṣimām wāḥid, « un seul orifice »).
Source : quran.com/2/223. Segment : « nisā’ukum ḥarthun lakum fa-’tū ḥartha-kum annā shi’tum wa-qaddimū li-anfusikum ».
| Traduction | « champ » | annā shi’tum | Particularité |
|---|---|---|---|
| Hamidullah | « un champ de labour » | « comme [et quand] vous le voulez » | ajout entre crochets : « [et quand] » ; « œuvrez pour vous-mêmes à l'avance » |
| Rashid Maash | « un labour » (note) | « comme vous l'entendez » | « œuvrez à votre salut » |
| Montada Islamic Foundation | « un champ à labourer » (note) | « où et quand vous voulez » | ajouts : « (champ de) labour », « (les bonnes œuvres) » |
| Saheeh International | « a place of cultivation [i.e., sowing of seed] » | « however you wish » | ajout entre crochets : « [i.e., sowing of seed] », « [righteousness] » |
| Yusuf Ali | « a tilth » | « when or how ye will » | ajout entre parenthèses : « (in the Hereafter) » ; « do some good act for your souls beforehand » |
| Abdel Haleem | « your fields » | « whichever way you like » | ajout entre crochets : « [something good] » |
Le mot arabe annā n'est traduit ni de la même façon ni avec la même portée : « comme » (manière), « quand » (temps), « où » (lieu), « de quelque façon » — les traducteurs optent pour des sens différents et la comparaison des traductions ne permet pas de trancher (voir bloc 3 et exégètes).
Les numéros de collection ne sont pas reportés ici : sunnah.com bloque la capture automatique ; les hadiths ci-dessous sont lus tels que Qurtubi et Ibn Kathir les citent, avec la chaîne et le jugement qu'ils donnent.
| Hadith (raconteur) | Contenu | Jugement rapporté |
|---|---|---|
| Jabir ibn ‘Abdallah (Bukhari ; Muslim ; cité par Tabari, Ibn Kathir, Qurtubi) | Les Juifs disaient : « si l'homme s'unit à sa femme par derrière, dans le vagin, l'enfant naîtra louche » ; le verset est descendu. une variante (Zuhri, citée par Qurtubi) ajoute : « qu'il la prenne à plat ventre ou non, pourvu que ce soit dans un seul orifice (ṣimām wāḥid) » | Bukhari et Muslim |
| Umm Salama (Ahmad ; Tirmidhi ; Tabari) | Une Ansarienne refuse que son mari (émigré mecquois) la prenne « jabā » (à plat ventre/par derrière) ; le Prophète l'appelle, récite le verset et dit : « un seul orifice, un seul orifice » | Tirmidhi : ḥasan |
| Ibn ‘Abbas (Abu Dawud ; Tabari ; Ibn Kathir ; Qurtubi) | Les Qurayshites « se délectaient des femmes de face, de dos, couchées » ; les Ansar suivaient les Juifs (une seule posture). Une Ansarienne mariée à un émigré proteste ; le verset descend : « de face, de dos, couchées — c'est-à-dire le lieu de l'enfant » | Ibn Kathir : « Abu Dawud est seul à le rapporter, mais les autres hadiths en attestent la validité » |
| Ibn ‘Abbas / ‘Umar (Ahmad ; Tirmidhi ; Tabari) | ‘Umar vient : « Je suis perdu, j'ai retourné ma monture cette nuit » ; le verset descend : « viens de face, viens de dos, mais évite l'anus et les règles » | Tirmidhi : « ḥasan ṣaḥīḥ » (Qurtubi) / « ḥasan gharīb » (Ibn Kathir) |
| Bahz ibn Hakim (Ahmad ; Sunan) | « Nos femmes, que prendre et que laisser ? » — « Ton champ ! Va à ton champ comme tu veux, mais ne frappe pas le visage, ne dis pas du mal, et ne les délaisse que dans le lit » | cité par Ibn Kathir |
| Jabir ; Khuzayma ibn Thabit ; ‘Ali ibn Talq ; Abu Hurayra ; Ibn ‘Abbas (Ahmad ; Tirmidhi ; Nasa’i ; Ibn Majah) | « Allah n'a pas honte de la vérité : ne prenez pas les femmes par l'arrière (a‘jāz/adbār) » ; « Allah ne regarde pas l'homme qui prend une femme par l'anus » ; « maudit celui qui... » | Ibn Kathir : chaînes très discutées ; des versions marfū‘ jugées plus faibles que les versions mawqūf ; Tirmidhi : ḥasan gharīb pour la version d'Ibn ‘Abbas (aussi Ibn Hibban, Ibn Hazm) ; Qurtubi : douze compagnons |
| ‘Abdallah ibn ‘Amr (Ahmad) | « C'est la petite sodomie (al-lūṭiyya al-ṣughrā) » | Ibn Kathir : la version mawqūf est « la plus sûre » |
al-Tabari — capture :
Il rapporte plusieurs groupes d'avis sur annā shi’tum : « comme (kayfa) » (avec, chez Ibn ‘Abbas, l'exception de l'anus et des règles), « d'où/par quelle voie », « quand (matā) » (al-Dahhak), « avec ou sans retrait (‘azl) » (Ibn al-Musayyab, Ibn ‘Abbas), « où (ayna) » — dont le sens rapporté de Ibn ‘Umar (par Nafi‘) : « dans l'anus ». Il retient « de quelque voie que vous vouliez, parmi les voies d'accès au lieu de culture » et écarte « où » comme permission de l'anus : annā dans la langue arabe interroge sur les « voies » (wujūh) ; le texte signifie « d'où vous voulez parmi les façons d'aborder (min ayyi wajhin shi’tum min wujūhi al-ma’tā) », « car l'anus n'est pas un lieu de culture : où est le champ qui serait labouré ? ». Il juge donc exacte la cause de la révélation transmise par Jabir et Ibn ‘Abbas (la rumeur juive). Pour qaddimū il retient « les bonnes œuvres » (al-Suddi) et cite aussi Ibn ‘Abbas : « dire bismillāh au moment du rapport ».
Ibn Kathir — capture :
« Ḥarth : le lieu de l'enfant (Ibn ‘Abbas). Annā shi’tum : de face ou de dos, dans un seul orifice, comme les hadiths l'établissent. » Il compile les hadiths de la cause de révélation (Jabir, Umm Salama, Ibn ‘Abbas, Abu Sa‘id), puis une longue série de hadiths d'interdiction avec leurs évaluations (souvent faibles, parfois ḥasan, les versions mawqūf étant jugées plus sûres). Sur Ibn ‘Umar, il cite sa réponse rapportée par al-Darimi (« quelqu'un parmi les musulmans ferait-il cela ? ») comme texte clair qui annule les récits ambigus ; sur Malik, il juge la permission d'une authenticité douteuse. Il conclut : le sens est celui d'Abu Hanifa, d'al-Shafi‘i, d'Ahmad, de Malik selon la version « établie » et de la majorité des salaf. Pour qaddimū : « les actes d'obéissance, avec abstention des interdits », et il cite la formule bismillāh de Bukhari.
al-Qurtubi — capture :
Six points : (1) les causes de révélation (Jabir, Muslim ; Ibn ‘Abbas, Abu Dawud ; ‘Umar, Tirmidhi ; Nafi‘ par Nasa’i) ; (2) « ces hadiths sont un texte (naṣṣ) permettant toutes les postures si le rapport a lieu dans le lieu de culture » ; l'union dans l'anus n'était pas permise et ne l'est pas ; (3) il discute annā et la permission attribuée à Ibn ‘Umar, Malik (Kitāb al-sirr), Ibn al-Majishun, Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazi et la rejette comme « fausse » : « c'est la vérité dans la question » ; arguments : la comparaison au « champ », les hadiths de douze compagnons, et le démenti de Malik cité par lui (« ils mentent sur moi, ils mentent sur moi, ils mentent sur moi ! ») ; (4) qaddimū : l'obéissance, la recherche d'enfants, le choix d'une épouse chaste, les enfants envoyés d'avance, ou « dire bismillāh » ; (5) wa-ttaqū Llāh est une mise en garde ; (6) wa-bashshiri l-mu’minīn : réconfort.
En une phrase : en France, « comme vous voulez » ne vaut que si les deux le veulent.
Ce bloc répond simplement à une question : la défense « ce n'est qu'une image de fécondité » suffit-elle ? On prend la défense la plus solide et on la soumet à trois tests de logique. Ici, le verdict est plus nuancé que sur d'autres fiches : le texte ne dit pas le pire, mais il ne dit pas l'essentiel.
La défense, en trois points : (A) le « champ » désigne le lieu où naît l'enfant, c'est une image de fécondité ; (B) le verset répond à une superstition (l'enfant qui naîtrait louche selon la position) ; (C) les exégètes limitent la liberté à un seul orifice.
Principe utilisé : le silence significatif (ce qu'un texte détaillé omet en dit autant que ce qu'il affirme).
Les exégètes consacrent des pages à ce qui est permis : de face, de dos, couchée, et surtout « un seul orifice ». Ils discutent l'avis attribué à Ibn ‘Umar, citent douze compagnons, débattent des chaînes de transmission. Mais aucun des trois ne pose la question de l'accord de l'épouse (bloc 2.4).
Un législateur qui règle le « comment » avec autant de précision et oublie le « est-elle d'accord ? » montre ce qui compte pour lui. Le silence n'est pas une interdiction de contraindre, mais ce n'est pas non plus une protection.
Réponse des défenseurs : d'autres textes demandent de bien traiter son épouse. Pourquoi ça ne suffit pas : « bien traiter » n'est pas « demander son accord ». Et c'est précisément ce verset que l'on cite pour parler de la vie intime.
Principe utilisé : répondre à côté (traiter une autre question que celle posée).
Le seul récit où une femme dit non est celui d'Umm Salama : une Ansarienne refuse que son mari la prenne d'une certaine façon. Elle va voir le Prophète. Celui-ci récite le verset et répond : « un seul orifice, un seul orifice ».
Sa question portait sur son refus. La réponse porte sur la technique. Le texte qui aurait pu dire « elle a le droit de refuser » dit seulement ce que le mari a le droit de faire.
Réponse des défenseurs : la femme a pu se plaindre et être écoutée, ce qui montre qu'elle avait une voix. Pourquoi ça ne suffit pas : elle a été écoutée, mais sa volonté n'a pas été la règle. C'est le verset qui a tranché à sa place.
Principe utilisé : ce qu'une métaphore transporte (une image choisit toujours qui est actif et qui est passif).
Même dans la lecture la plus favorable, le champ est l'endroit où l'homme sème. Le vers que cite Qurtubi le dit clairement : « les matrices sont des terres labourées pour nous ; nous y semons ». Le champ ne choisit ni le moment, ni le semeur, ni la manière.
La défense a raison de dire que l'image parle de fécondité. Mais elle ne peut pas effacer ce que l'image dit aussi : il y a celui qui veut et agit, et celle qui reçoit.
Réponse des défenseurs : c'est une image poétique, il ne faut pas la prendre au pied de la lettre. Pourquoi ça ne suffit pas : une image n'est jamais neutre. Le texte aurait pu choisir une image de réciprocité ; ailleurs, le Coran dit d'ailleurs des époux qu'ils sont « un vêtement » l'un pour l'autre (2:187). Ici, il ne le fait pas.
Le verset ne fait pas de la femme un objet, et les exégètes y mettent une limite. Mais il est écrit du point de vue du seul désir masculin, et la tradition qui le commente ne traite jamais du consentement, même quand une femme dit non.
Ce que le lecteur peut retenir : le problème n'est pas ce que le texte dit, mais ce qu'il ne dit pas. Pour un texte présenté comme parfait, l'oubli du consentement est un défaut grave.
Ce que cette fiche ne dit pas : beaucoup de musulmans lisent ce verset comme une image de tendresse et de fécondité, et respectent le consentement. La fiche juge un texte et un argument, pas des personnes.