La thèse défendue : « Le coup de 4:34 est un geste symbolique, non violent, qui respecte l'épouse. »
Notre conclusion : le verset autorise bien le mari à frapper sa femme. Les limites ajoutées plus tard (« sans trace », « avec un bâtonnet ») ne suppriment pas la permission : elles la rendent soit violente, soit inutile. Et en France, l'appliquer est un délit. Le détail est au bloc 6 et au bloc 5.
Question posée : le Coran, en 4:34, ordonne-t-il ou permet-il au mari de frapper son épouse « désobéissante » (nashiz) ? Et si oui, dans quelles limites selon les sources sunnites authentiques ?
Objection la plus courante de l'athée (formulation courante, à sourcer au bloc 3) : un texte révélé qui autorise l'homme à frapper sa femme légitime la violence conjugale et contredit l'égalité entre les personnes.
Réponse la plus courante du musulman (formulation courante, à sourcer au bloc 3) : le coup est le dernier recours après l'exhortation et l'éloignement, il est « non violent » (ghayr mubarrih), interdit au visage, symbolique (« avec le siwak »), et le Prophète n'a jamais frappé une femme.
Le bloc 6 évaluera logiquement ces deux positions. Le bloc 2 ci-dessous ne montre que les sources.
Source : quran.com/4/34 (texte arabe). Passage : « wa-llātī takhāfūna nushūzahunna fa-ʿiẓūhunna wa-hjurūhunna fī l-maḍājiʿi wa-ḍribūhunna ».
Traductions reconnues du segment « wa-ḍribūhunna » (consultées le 2026-10-13 sur quran.com ; aucune n'est unanimement approuvée) :
| Traduction | Rendu | Mot absent de l'arabe |
|---|---|---|
| Hamidullah (base de l'édition du Complexe du Roi Fahd) | « frappez-les » | — |
| Montada Islamic Foundation | « corrigez-les » | « corriger » interprète le verbe |
| Rashid Maash | « les corriger » | idem |
| Saheeh International | « strike them [lightly] » | « lightly » (ajout entre crochets) |
| Yusuf Ali | « beat them (lightly) » | « lightly » (ajout entre parenthèses) |
| Abdel Haleem | « hit them » | — |
Le verbe arabe est ḍaraba, à l'impératif pluriel avec le pronom « elles ». Le texte arabe ne contient aucun adverbe équivalent à « légèrement ». La limitation vient des hadiths et des exégètes (2.2 et 2.3).
Traductions : l'anglais est celui qu'affiche sunnah.com (traducteur à relever fiche par fiche) ; la traduction française ci-dessus est faite dans ce projet.
Note : le titre du chapitre de Bukhari est un énoncé de Bukhari, pas un propos du Prophète.
Ibn Kathir (Tafsir, sur 4:34) — capture :
- Ordre en trois temps : exhortation, éloignement dans le lit, puis coup : « [...] si elles ne se retiennent ni par l'exhortation ni par l'éloignement, il vous est permis de les frapper d'une manière non violente (ghayra mubarriḥ) » ; il cite Muslim (Muslim 1218a).
- Ibn ‘Abbas et d'autres : « non violent ». Al-Hasan al-Basri : « c'est-à-dire sans laisser de trace ». Les juristes : « ne lui briser aucun membre et ne laisser sur elle aucune trace ».
- Il cite le hadith de Mu‘awiya ibn Hayda : le mari « ne frappe pas le visage, ne dit pas de vilenie, et n'éloigne [la femme] que dans la maison ».
- Il cite aussi Abu Dawud 2146 (Abu Dawud 2146), avec le blâme final.
- Il conclut : si elle obéit, « il n'y a plus de voie contre elle, ni coup ni éloignement » ; et la fin du verset (« Dieu est Élevé, Grand ») est une menace pour les hommes qui l'oppriment sans motif.
- Il cite aussi un propos de ‘Umar rapporté par al-Ash‘ath : « Ne demande pas à un homme pourquoi il a frappé sa femme » (le grade de cette parole doit être vérifié avant toute citation : règle « authentiques seulement »).
al-Qurtubi (al-Jami‘ li-aḥkām al-Qur’ān, 8e question sur 4:34) — capture :
- « Le coup, dans ce verset, est le coup d'éducation (ḍarb al-adab) non violent, celui qui ne brise pas d'os et ne défigure pas de membre, comme la bourrade (lakza) et ce qui lui ressemble ; car son but est l'amendement et rien d'autre. Aussi, s'il aboutit à la mort, la réparation est due. »
- Ordre : exhortation, puis éloignement, puis coup : « car c'est lui qui la remet en ordre pour lui ».
- Il cite ‘Ata’ qui demanda à Ibn ‘Abbas ce qu'est le coup non violent : « avec le siwak et ce qui lui ressemble ».
- Il cite Muslim (Muslim 1218a) et Tirmidhi (hadith de ‘Amr ibn al-Ahwas, dont il dit qu'il est hasan sahih), et précise que l'interdiction de faire entrer quelqu'un vise « ceux que [le mari] déteste parmi les proches et les femmes étrangères ».
al-Tabari (Jami‘ al-bayan, sur 4:34) — capture :
- Il rapporte de nombreuses chaînes d'Ibn ‘Abbas, Sa‘id ibn Jubayr, ‘Ata’, al-Hasan, ‘Ikrima, al-Sha‘bi, Qatada, al-Suddi et autres : « un coup non violent ». ‘Ata’ ← Ibn ‘Abbas : « le siwak et ce qui lui ressemble » (rapports 7442 et 7443) ; al-Hajjaj : « non marquant ».
- Lecture propre à Tabari, divergente : il écarte les sens courants de « wahjuruhunna » (cesser les rapports, cesser la parole, répondre durement) et retient, comme « le plus juste », le sens « attacher avec la corde (hijār) » : il comprend donc « attachez-les fermement dans leurs demeures, et frappez-les ».
- Il précise que la description du coup que Dieu permet est « le coup non violent ».
- Il conclut que si elles obéissent, il ne faut « chercher aucune voie contre leurs corps ni contre leurs biens par prétexte », et que Dieu est plus haut que les hommes et se vengera de leur oppression.
Points d'accord : 1. Le coup est le troisième temps, après l'exhortation et l'éloignement. 2. Le coup est « non violent » (ghayr mubarrih) : sans briser d'os, sans laisser de trace. 3. Il n'a pour but que le redressement (islāh), non la punition ni la vengeance. 4. Dès qu'elle obéit, aucun recours n'est plus permis. 5. Le mari reste responsable de ce qu'il cause.
Divergence notable : le sens de wahjuruhunna fi l-madaji‘ (cesser les rapports ou la parole selon les uns, ou l'attacher selon Tabari).
Limites de ce bloc : le grade de certaines paroles citées par les exégètes (par exemple ‘Umar rapporté par al-Ash‘ath) n'a pas encore été vérifié ; l'analyse du mot arabe ḍaraba (racine, emplois coraniques) est au bloc 3.
Source : The Quranic Arabic Corpus (corpus.quran.com, entrée « ض ر ب »), consultée le 2026-10-13 : la racine apparaît 58 fois dans le Coran, 55 fois comme verbe de forme I (ḍaraba) et 3 fois comme nom (ḍarb). Les gloses du corpus sont des repères, pas des définitions officielles.
Répartition recomptée à partir de la liste du corpus (à revérifier verset par verset avant publication) :
| Emploi | Nombre | Exemples |
|---|---|---|
| « proposer, donner (une parabole) » (ḍaraba mathalan) | 31 | 2:26, 14:24-25, 16:75-76, 30:28, 39:29, 66:10-11 |
| « frapper » physiquement (une personne, une pierre, la mer) | 13, dont 4:34 | 2:60, 2:73, 7:160, 8:12, 8:50, 20:77, 26:63, 37:93, 38:44, 47:4, 47:27 |
| « voyager » (le plus souvent avec fi l-arḍ, « sur la terre ») | 6 | 3:156, 4:94, 4:101, 5:106, 73:20, 2:273 |
| « être frappé / imposé » (humiliation, mur, etc.) | 4 | 2:61, 3:112 (×2), 57:13 |
| autres (« jeter » le sommeil, « rabattre » les voiles, « écarter ») | 4 | 18:11, 24:31 (×2), 43:5 |
Ce que la liste montre : - Quand ḍaraba prend directement une personne ou un objet pour complément, avec le sens physique, il signifie « frapper » (2:73 « frappez-le », 8:12 « frappez au-dessus des cous », 8:50 et 47:27 « ils frappent leurs visages »). - Les sens « voyager » et « exposer une parabole » s'accompagnent d'un complément ou d'une préposition qui les signale (fi l-arḍ, mathalan). Le sens « s'écarter de » apparaît, en 43:5, avec la préposition ‘an. - En 4:34, le verbe est suivi directement du pronom « elles » (-hunna), sans préposition ni mathalan.
Ces constats sont des arguments de grammaire, pas des preuves : un détracteur peut répondre que l'arabe tolère des sens métaphoriques. La fiche ne tranche pas (le bloc 6 évaluera).
Ces lectures ne sont pas des sources du bloc 2 : elles sont rapportées d'après des résumés secondaires, sans accès à leurs textes d'origine.
| Lecture | Auteur(e) | Thèse | Réception rapportée |
|---|---|---|---|
| « s'éloigner d'elles » | Laleh Bakhtiar, The Sublime Quran (2007) | ḍaraba signifie ici « s'en aller » | Éloges et critiques ; contestée sur sa compétence en arabe classique ; un responsable d'ISNA avait évoqué une interdiction avant d'être désavoué par la présidente |
| « restreindre, donner l'exemple » | Asma Barlas, Believing Women in Islam ; Amina Wadud, Qur'an and Woman (selon résumés) | le verset restreint la violence plutôt qu'il ne l'autorise ; ḍaraba a d'autres sens | Lectures féministes ; critiquées comme écartant les sources authentiques de l'exégèse |
| « le sens physique est le seul, interprété par la pratique du Prophète » | Hashem (Al-Azhar, 2012) | aucun autre sens coranique n'est recevable ici ; c'est la conduite du Prophète qui précise | article universitaire (sunnite) |
| Histoire des lectures | Ayesha Chaudhry, Domestic Violence and the Islamic Tradition (OUP, 2013) | retrace les interprétations de 4:34 du IXe siècle à nos jours ; avance que les lectures classiques sont majoritairement patriarcales et les lectures postcoloniales égalitaires | ouvrage universitaire, thèse d'historienne (non confessionnelle) |
Fait à retenir : les exégètes classiques du bloc 2 (Tabari, Qurtubi, Ibn Kathir) retiennent tous le sens « frapper » avec la limite « non violent ». Les lectures « s'éloigner » ou « restreindre » sont modernes et ne figurent chez aucun des trois.
Limites : Barlas et Wadud sont connues ici par des résumés ; Lisan al-‘Arab n'a pas été lu ; les emplois coraniques sont comptés d'après le corpus, non revus en entier.
Ce que mesurent les sources officielles (consultées le 2026-10-13) :
| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Victimes de violences conjugales enregistrées par police et gendarmerie en France, 2024 | 272 400 (+0,4 % sur un an) ; 84 % de femmes ; 64 % de violences physiques | SSMSI, Interstats n° 56 (octobre 2025), via interieur.gouv.fr |
| Part des victimes qui portent plainte | environ 1 sur 6 | enquête VRS 2023, citée par le SSMSI |
| Femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2024 | 107 (+11 %) ; 90 % au domicile | étude annuelle du ministère de l'Intérieur |
| Violence physique ou sexuelle d'un partenaire dans le monde | environ 1 femme sur 3 (31,6 % d'après l'OMS 2023, chiffre qui inclut aussi les violences sexuelles hors partenaire) | OMS, fiche « Violence à l'égard des femmes » |
| Conséquences sanitaires | troubles physiques, mentaux, sexuels et reproductifs ; dépression environ 2 fois plus probable | OMS |
Ce qui n'a pas été trouvé : aucune étude sérieuse établissant l'efficacité d'un « coup léger d'éducation » entre époux pour obtenir l'obéissance, ni établissant qu'il serait inoffensif. Cette absence n'est pas une preuve : elle indique seulement que la recherche n'a rien produit à ce stade.
En une phrase : en France, ce verset peut être cru, pas appliqué.
Ce que cela implique : un coup porté par un conjoint sans aucune incapacité de travail relève déjà du délit prévu à l'art. 222-13 (trois ans, 45 000 €). Le droit français ne reconnaît pas de « coup d'éducation » conjugal.
Points à vérifier avant publication : texte exact de l'art. 122-4 du Code pénal (cité dans l'encadré ci-dessus) ; Préambule de 1946 (« la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme »).
Ce bloc répond simplement à une question : la défense habituelle du verset tient-elle debout ? On prend la défense la plus solide (celle des trois grands exégètes, bloc 2) et on la soumet à quatre tests de logique. Chaque test renvoie au principe utilisé.
La défense, en trois points : (A) le coup n'est permis qu'en dernier recours ; (B) il ne fait pas mal (« sans trace », « avec le siwak », un bâtonnet pour les dents) ; (C) il sert seulement à ramener l'épouse à l'obéissance.
Principe utilisé : la non-contradiction (une chose ne peut pas être à la fois A et non-A).
Le coup arrive après les paroles et après l'éloignement du lit : c'est l'étape la plus forte d'une escalade. Son but, selon Tabari, est que l'épouse « revienne à l'obéissance ». Il doit donc faire pression. Mais on nous dit en même temps qu'il ne doit pas faire mal.
Il n'y a que deux possibilités. Soit le coup fait mal, et c'est de la violence. Soit il ne fait pas mal, et il ne contraint personne : il est inutile. La défense (B) détruit l'utilité annoncée en (C), et l'inverse. On ne peut pas garder les deux.
Réponse des défenseurs : le geste est symbolique, il marque la gravité de la crise. Pourquoi ça ne suffit pas : un symbole n'a pas besoin de toucher le corps. Les paroles et l'éloignement, qui viennent avant, étaient déjà des signes. Si la dernière étape doit passer par le corps, c'est qu'on attend un effet que les mots n'ont pas eu.
Principe utilisé : la cohérence (une règle parfaite ne peut pas être à la fois bonne et blâmable).
Abu Dawud 2146 raconte : le Prophète interdit d'abord de frapper les femmes ; puis il le permet ; puis, devant les plaintes, il dit de ceux qui frappent : « ceux-là ne sont pas les meilleurs d'entre vous ». Selon Muslim 2328a, lui-même n'a jamais frappé une femme.
Donc la permission existe, mais le meilleur des hommes ne s'en sert pas et blâme ceux qui s'en servent. Si frapper est bon, pourquoi le blâmer ? Si c'est mauvais, pourquoi un Dieu qui sait tout l'autorise-t-il dans un texte présenté comme valable pour toujours ?
Réponse des défenseurs : c'était une concession à une société violente, pour la faire évoluer peu à peu. Pourquoi ça ne suffit pas : alors la règle dépend de son époque. Elle n'est plus éternelle. Mais c'est précisément ce que l'apologétique refuse d'admettre, puisqu'elle présente le Coran comme parfait et valable en tout temps. On ne peut pas dire à la fois « parfait pour toujours » et « adapté au VIIe siècle ».
Principe utilisé : la vérifiabilité (une limite que personne ne peut contrôler n'est pas une limite).
C'est le mari qui décide que sa femme est « désobéissante » (nashiz). C'est lui qui choisit la sanction. C'est lui qui frappe. Et c'est lui qui juge si le coup est resté « sans trace ». Tout se passe à la maison, sans témoin.
Aucun système de justice n'accepte qu'une même personne accuse, juge et punisse. Les garde-fous du verset (« léger », « sans trace ») dépendent uniquement de la bonne volonté de celui qui frappe. En pratique, ils ne protègent pas l'épouse.
Réponse des défenseurs : la règle s'adresse à la conscience du croyant, qui craint Dieu. Pourquoi ça ne suffit pas : si la conscience suffisait, aucune limite ne serait nécessaire. Le fait même de fixer des limites montre qu'on sait qu'elles seront dépassées.
Principe utilisé : l'égalité de traitement (deux cas identiques appellent la même réponse).
Le Coran utilise le même mot, nushuz, pour la faute de l'épouse (4:34) et pour celle du mari (4:128). Pour l'épouse : paroles, éloignement, puis coup. Pour le mari : on cherche un arrangement (sulh), sans aucune contrainte physique.
Même faute, même mot, mais un seul des deux peut être frappé. Cela contredit l'idée, souvent avancée, que le Coran traite l'homme et la femme à égalité.
Réponse des défenseurs : l'homme a la responsabilité du foyer (qiwama, voir la fiche dédiée), donc les rôles diffèrent. Pourquoi ça ne suffit pas : cela explique l'inégalité, mais ne la supprime pas. C'est justement l'aveu que les deux ne sont pas égaux.
Le texte arabe dit « frappez-les ». Plusieurs traductions modernes ajoutent « légèrement » entre crochets ou parenthèses, ou remplacent « frapper » par « corriger » (tableau du bloc 2.1). Quand des traducteurs croyants doivent ajouter un mot absent du texte pour le rendre acceptable, c'est qu'ils jugent eux-mêmes le texte brut difficile à défendre.
La défense du verset repose sur une idée impossible : un coup qui corrige sans faire mal. Pour la sauver, il faut soit admettre que c'est de la violence, soit admettre que la règle est inutile, soit admettre qu'elle ne valait que pour son époque. Aucune des trois options n'est compatible avec l'idée d'un texte parfait et éternel.
Ce que le lecteur peut retenir : le problème n'est pas une mauvaise traduction ou un mauvais musulman. Il est dans le texte lui-même et dans ses meilleures explications classiques.
Ce que cette fiche ne dit pas : elle ne dit rien des musulmans d'aujourd'hui, dont beaucoup rejettent cette pratique. Elle juge un texte et un argument, pas des personnes.