La thèse défendue : « Ce hadith n'insulte pas les femmes : il définit lui-même la "déficience" par deux règles techniques (le témoignage et la dispense de prière). »
Notre conclusion : l'explication tourne en rond : le témoignage de la femme vaut moitié parce que son intelligence est déficiente, et son intelligence est dite déficiente parce que son témoignage vaut moitié. Quant à la « déficience de religion », elle punit la femme pour avoir obéi à une règle que Dieu lui impose. Et le tout est dit dans un sermon qui annonce aux femmes qu'elles sont la majorité de l'Enfer. En France, ce hadith peut être cru, mais il ne peut fonder aucune différence de traitement. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que dit exactement ce hadith, comment le Prophète lui-même définit-il la « déficience » (nuqṣān) de l'intelligence et de la religion des femmes, et comment les exégètes l'emploient-ils ?
Objection courante de l'athée : le Prophète déclare les femmes inférieures par l'intelligence et par la foi ; c'est une affirmation de nature, qui fonde la valeur réduite de leur témoignage.
Réponse courante du musulman : le hadith précise lui-même ses termes : la « déficience de l'intelligence » est la règle du témoignage (fixée par le Coran pour les dettes), la « déficience de la religion » est la dispense de prière et de jeûne pendant les règles, que la loi religieuse prévoit ; il ne s'agit ni de sottise ni de faute.
Le hadith ne cite aucun verset ; il renvoie à deux règles. La première est celle du témoignage (2:282, voir la fiche Le témoignage de la femme, avec le tableau des traductions) ; la seconde est celle des règles (2:222, qui interdit le rapport conjugal pendant les menstrues).
Source : quran.com/2/282 et quran.com/2/222.
| Traduction (2:222) | Rendu | Particularité |
|---|---|---|
| Hamidullah | « C'est un mal. Éloignez-vous donc des femmes pendant les menstrues » | — |
| Rashid Maash | « Il peut être préjudiciable. Évitez donc tout rapport conjugal » | « tout rapport conjugal » interprète l'arabe |
| Montada | « Cela est nuisible (à votre santé) » | ajout : « (à votre santé) » |
| Saheeh International | « It is harm, so keep away from wives [...] » | note sur « wives » |
| Yusuf Ali | « They are a hurt and a pollution » | ajout : « and a pollution » |
| Abdel Haleem | « a painful condition » | rend adhā par « condition douloureuse » |
Le verset 2:222 ne mentionne ni la prière ni le jeûne : la dispense vient des hadiths (2.2).
Écarts entre les deux versions - Bukhari : « qui fasse perdre l'esprit à l'homme ferme » (adhhab li-lubb al-rajul al-ḥāzim) ; Muslim : « qui l'emporte sur celui qui a de l'esprit » (aghlab li-dhī lubb). - Muslim précise que la question naît d'une femme « jazla ». - Dans les deux versions, c'est le Prophète qui répond à la question « en quoi ? » : le sens est donné dans le texte même.
Ibn Kathir (sous 2:282) — capture :
Il cite le hadith de Muslim et en tire la raison de la règle : « les deux femmes ont été placées à la place de l'homme à cause de la déficience de l'intelligence de la femme » (« li-naqṣi ‘aqli l-mar’a »). Il comprend « an taḍilla iḥdāhumā » comme « oublier le témoignage » et écarte la lecture « son témoignage la rend comme un homme ».
al-Qurtubi (sous 2:222) — capture :
Il cite le hadith de Bukhari dans son commentaire des règles, non dans celui du témoignage, et le fait suivre de deux remarques : « al-ḥayḍ khilqa fī l-nisā’, wa-ṭab‘ mu‘tād ma‘rūf minhunna » (« la menstruation est une création [naturelle] chez les femmes, une nature habituelle et connue ») ; et le consensus (ijmā‘) : la femme en règles « rattrape le jeûne et ne rattrape pas la prière », d'après le hadith de Mu‘adha rapporté par Muslim : ‘A’isha répond à la question « pourquoi la femme rattrape-t-elle le jeûne et non la prière ? » : « Cela nous arrivait ; on nous ordonnait de rattraper le jeûne, on ne nous ordonnait pas de rattraper la prière. »

al-Tabari (sous 2:282 et 2:222) — capture :
Dans les passages lus, il ne cite pas ce hadith. Sous 2:282, il explique ḍalāl comme l'erreur née de l'oubli (nisyān) et rejette la lecture « elle devient comme un homme » (voir fiche témoignage).
En une phrase : en France, on peut penser que les femmes sont « déficientes », mais on n'a pas le droit de les traiter comme telles.
Ce bloc répond simplement à une question : la défense « le hadith s'explique lui-même, ce n'est pas un jugement de valeur » tient-elle debout ? On la soumet à quatre tests de logique.
La défense, en trois points : (A) la « déficience d'intelligence » désigne seulement la règle du témoignage (2:282) ; (B) la « déficience de religion » désigne seulement la dispense de prière et de jeûne pendant les règles ; (C) ce ne sont pas des défauts, mais des règles.
Principe utilisé : le raisonnement circulaire (on ne peut pas prouver A par B, puis B par A).
Le hadith dit : la déficience de l'intelligence, c'est que le témoignage de la femme vaut la moitié de celui de l'homme. Ibn Kathir dit l'inverse, à propos de 2:282 : deux femmes valent un homme « à cause de la déficience de l'intelligence de la femme ».
Donc : pourquoi son témoignage vaut-il moitié ? Parce que son intelligence est déficiente. Comment sait-on que son intelligence est déficiente ? Parce que son témoignage vaut moitié. Aucune des deux affirmations n'est prouvée : chacune s'appuie sur l'autre.
Réponse des défenseurs : la règle du témoignage est fondée sur le risque d'oubli (2:282). Pourquoi ça ne suffit pas : alors il faut prouver que les femmes oublient plus que les hommes. Les études de psychologie ne montrent rien de tel (voir la fiche sur le témoignage). Et le hadith, lui, ne parle pas d'oubli : il parle d'intelligence.
Principe utilisé : la cohérence morale (on ne peut pas reprocher à quelqu'un d'avoir fait ce qu'on lui a ordonné).
Pendant ses règles, la femme ne doit pas prier ni jeûner : c'est Dieu qui le prescrit, et Qurtubi rappelle que les règles sont « une création naturelle » chez la femme. Elle obéit donc à la loi divine. Et cette obéissance est ensuite comptée comme une « déficience de sa religion ».
C'est comme si un employeur interdisait à un salarié de venir travailler, puis lui reprochait ses absences. La règle crée le manque, puis le manque sert à juger la personne.
Réponse des défenseurs : « déficience » signifie seulement « moins d'actes de culte », sans jugement moral. Pourquoi ça ne suffit pas : si ce n'était pas un défaut, pourquoi utiliser le mot nuqṣān, qui veut dire « manque », le contraire de « plénitude » ? Et pourquoi le dire dans un discours de reproche ?
Principe utilisé : le contexte (une phrase prend le sens du discours où elle est prononcée).
La défense présente le hadith comme une définition neutre. Mais voici le discours complet (Bukhari 304) : « Faites l'aumône, car j'ai vu que vous êtes la majorité des gens du Feu. […] Vous maudissez beaucoup et vous êtes ingrates envers l'époux. Je n'ai vu personne de plus déficient en intelligence et en religion qui fasse perdre l'esprit à l'homme ferme que l'une d'entre vous. »
On ne peut pas dire à la fois que c'est un reproche (Enfer, ingratitude) et que c'est une simple règle technique. Le mot « déficientes » est placé au milieu d'une liste de fautes.
Réponse des défenseurs : le Prophète voulait les encourager à l'aumône, pas les rabaisser. Pourquoi ça ne suffit pas : le but de l'exhortation ne change pas le contenu des phrases. Encourager quelqu'un en lui disant qu'il est déficient, c'est quand même lui dire qu'il est déficient.
Principe utilisé : la généralisation abusive (tirer une règle générale d'un cas particulier).
Le verset 2:282 ne parle que des contrats de dette. Le hadith en tire une affirmation sur l'intelligence des femmes en général. Même si l'on accepte la règle du témoignage pour les dettes, elle ne permet pas de conclure quoi que ce soit sur l'intelligence de toutes les femmes.
Réponse des défenseurs : le hadith ne dit pas que chaque femme est moins intelligente. Pourquoi ça ne suffit pas : il dit « vous », aux femmes en général, et il en fait une raison de leur statut.
La défense « ce n'est que technique » ne tient pas : l'explication du hadith tourne en rond avec la règle du témoignage, la « déficience de religion » reproche aux femmes une règle que Dieu leur impose, et le tout est dit dans un discours de reproche sur l'Enfer.
Ce que le lecteur peut retenir : quand on définit l'infériorité de quelqu'un par les règles qu'on lui impose, on ne prouve pas l'infériorité : on la décrète.
Ce que cette fiche ne dit pas : beaucoup de musulmans rejettent l'idée d'une infériorité des femmes. La fiche juge un texte et un argument, pas des personnes.