La thèse défendue : « Le Coran n'autorise que la guerre défensive (2:190). Le verset de l'épée (9:5) ne vise que des polythéistes qui avaient trahi un traité. »
Notre conclusion : une guerre défensive s'arrête quand l'attaque cesse. Ici, le combat s'arrête quand l'adversaire se convertit, prie et paie l'aumône (9:5), ou paie un impôt de soumission (Muslim 1731). Le Prophète dit : « J'ai reçu l'ordre de combattre les gens jusqu'à ce qu'ils attestent… » (Bukhari 25). Ce sont des conditions religieuses, pas des conditions de paix. Et une partie de la tradition déclare abrogés les versets pacifiques que cite la défense. En France, invoquer ces versets pour justifier la violence est un délit. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que disent le verset 9:5 (« tuez les polythéistes où que vous les trouviez »), 2:216 (« le combat vous a été prescrit ») et les textes voisins ; à qui s'adressent-ils, dans quelles circonstances, avec quelles limites selon les exégètes ?
Objection courante de l'athée : le Coran ordonne de tuer les non-musulmans partout et en tout temps ; 9:5, « verset de l'épée », aurait abrogé les versets de tolérance.
Réponse courante du musulman : 9:5 vise des polythéistes d'Arabie qui avaient rompu un traité, dans un contexte de guerre ; il est immédiatement suivi de 9:6 (protection de qui demande asile) ; 2:190 limite le combat aux agresseurs et interdit de transgresser.
Sources : quran.com/9/5, 9/6, 2/216, 2/190, 60/8.
| Verset | Contenu (Hamidullah) | Remarque |
|---|---|---|
| 9:5 | « Après que les mois sacrés expirent, tuez les polythéistes où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la prière et acquittent l'aumône, alors laissez-leur la voie libre » | « fa-qtulū l-mushrikīn » ; conditions de la « voie libre » : repentir + prière + zakat |
| 9:6 | « Et si l'un des polythéistes te demande asile, accorde-le lui, afin qu'il entende la parole d'Allah, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. » | « istajāraka » : demande protection |
| 2:216 | « Le combat vous a été prescrit alors qu'il vous est désagréable. Or il se peut que vous ayez de l'aversion pour une chose alors qu'elle vous est un bien [...] » | « kutiba ‘alaykum l-qitāl » |
| 2:190 | « Combattez dans le sentier d'Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes, Allah n'aime pas les transgresseurs ! » | « wa-lā ta‘tadū » |
| 60:8 | « Allah ne vous défend pas d'être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. » | |
| 22:39 | « Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) — parce que vraiment ils sont lésés » | cité par Ibn Kathir comme première autorisation |
Ce que les versions donnent - Le hadith d'Ibn ‘Umar est un énoncé général (« j'ai reçu l'ordre de combattre les gens jusqu'à... ») ; Muslim 1731 donne la procédure : islam, ou jizya, ou combat. - Le texte de Muslim 1731a énumère des interdits (mutilation, enfants, trahison) ; Bukhari 3015 et Muslim 1744a interdisent de tuer femmes et enfants.
Ibn Kathir (sous 9:5) — capture :
Les « mois sacrés » : selon la lecture qu'il retient (Ibn ‘Abbas par al-‘Awfi, Mujahid, Qatada, al-Suddi), ce sont les quatre mois de délai de 9:2 (« parcourez la terre quatre mois ») ; « quand ils ont expiré, tuez-les où que vous les trouviez » ; il note que la généralité est « spécialisée » par l'interdiction de combattre près de la Mosquée sacrée (2:191). « Wa-khudhūhum » : « capturez-les, tuez-les ou capturez à votre gré » ; « wa-ḥṣurūhum » : assiégez-les « jusqu'à les pousser à la mort ou à l'islam » ; « fa-in tābū [...] fa-khallū sabīlahum » : Abu Bakr s'est appuyé sur ce verset pour combattre ceux qui refusaient la zakat. Il ajoute : « c'est le verset de l'épée, dont al-Dahhak dit qu'il a abrogé tout pacte entre le Prophète et les polythéistes » ; d'après ‘Ali, le Prophète fut envoyé avec quatre épées : contre les polythéistes d'Arabie (9:5), puis, selon Ibn Kathir (« je pense » pour la deuxième) : contre les gens du Livre jusqu'à la jizya (9:29), contre les hypocrites (9:73) et contre les rebelles (49:9).
al-Qurtubi (sous 9:5) — capture :
« Fa-qtulū l-mushrikīn est général pour tout polythéiste, mais la sunna en a exclu la femme, le moine, l'enfant et d'autres » ; « de plus, les gens du Livre : "jusqu'à ce qu'ils paient la jizya" » ; l'expression « aḥṣurūhum » : les empêcher de se rendre dans vos pays sans sauf-conduit ; « wa-q‘udū lahum kulla marṣad » : « preuve de la licéité de les surprendre avant l'appel ». Sur la relation avec 47:4 (« libération ou rançon »), il rapporte trois avis : 9:5 abroge 47:4 (Mujahid, Qatada) ; 47:4 abroge 9:5 (al-Dahhak, al-Suddi, ‘Ata') ; les deux sont fermes (Ibn Zayd), « et c'est l'avis juste » car l'imam peut gracier, tuer ou rançonner depuis Badr. Sur « fa-in tābū » : le repentir exige aussi prière et zakat ; il rapporte la divergence sur celui qui abandonne la prière (Malik et al-Shafi‘i : tué ; Abu Hanifa : emprisonné et battu).
Ibn Kathir et al-Qurtubi (sous 9:6) — capture :
Ibn Kathir : « celui d'entre les polythéistes que je t'ai ordonné de combattre qui te demande asile : accorde-lui sa demande jusqu'à ce qu'il entende le Coran, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité » ; il rapporte les messagers de Quraysh à al-Hudaybiyya, et la règle que l'envoyé ne se tue pas. Qurtubi : « il n'y a pas de désaccord » sur la protection ; certains (al-Dahhak, al-Suddi) disent que 9:6 est abrogé par 9:5, al-Hasan et Mujahid disent qu'il est ferme « jusqu'au Jour de la résurrection ».
Qurtubi (sous 2:216) : « « kutiba » signifie imposé » ; le verset impose le combat d'ennemis ; à La Mecque, pas de permission de combattre ; à Médine, d'abord « ceux qui combattent » (22:39), puis les polythéistes en général. Avis : fardeau personnel des Compagnons, puis collectif (‘Ata', al-Awza‘i) ; selon la majorité : obligation collective (fard kifāya), personnelle si l'ennemi entre en terre d'islam ; Sa‘id ibn al-Musayyab : personnelle ; al-Thawri : surérogatoire (taṭawwu‘). Ibn Kathir : « obligation du jihād pour repousser le mal des ennemis », avec le hadith « qui meurt sans avoir combattu ni s'être proposé de combattre meurt d'une mort d'ignorance ».
Ibn Kathir (sous 2:190) — capture :
« Combattez ceux qui vous combattent » : d'après Abu al-‘Aliya, premier verset descendu à Médine sur le combat : le Prophète « combattait qui le combattait et épargnait qui s'abstenait » jusqu'à la sourate Bara’a ; Ibn Zayd : abrogé par 9:5 ; Ibn Kathir : « cet avis est discutable » car « ceux qui vous combattent » est un encouragement contre les ennemis qui visent l'islam ; avis aussi que la première autorisation est 22:39. « Wa-lā ta‘tadū » : « ne pas mutiler, ne pas piller, ne pas tuer femmes, enfants, vieillards sans avis ni combat, ni moines ; ne pas brûler les arbres ni tuer les bêtes sans utilité » (al-Hasan, Ibn ‘Abbas, ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Aziz) ; il cite Muslim (Buraydah).
Ibn Kathir (sous 60:8) : « Dieu ne vous interdit pas la bienfaisance envers les incroyants qui ne vous combattent pas, comme les femmes et les faibles » ; il rapporte la question d'Asma' sur sa mère polythéiste (« oui, entretiens ta mère »).
En une phrase : en France, ces versets peuvent être étudiés, pas brandis.
Ce bloc répond simplement à une question : le combat prescrit par le Coran est-il seulement défensif, comme l'affirme la défense ? On la soumet à quatre tests de logique.
La défense, en trois points : (A) le Coran ne permet de combattre que « ceux qui vous combattent » (2:190) ; (B) 9:5 vise des polythéistes d'Arabie qui avaient rompu un traité, à un moment précis ; (C) l'islam fixe des limites strictes à la guerre (pas de femmes, pas d'enfants, asile accordé en 9:6).
Principe utilisé : la cohérence entre le but et la condition (une guerre se définit par ce qui la fait cesser).
Une guerre défensive s'arrête quand l'agresseur cesse d'attaquer. Or le verset 9:5 dit : « Tuez les polythéistes où que vous les trouviez […] Si ensuite ils se repentent, accomplissent la prière et acquittent l'aumône, alors laissez-leur la voie libre. » Et le Prophète : « J'ai reçu l'ordre de combattre les gens jusqu'à ce qu'ils attestent qu'il n'y a de divinité qu'Allah […], accomplissent la prière et donnent l'aumône » (Bukhari 25).
La condition pour que le combat s'arrête n'est pas « qu'ils fassent la paix », mais « qu'ils deviennent musulmans ». Si la guerre visait seulement des traîtres, la condition serait de respecter le traité, pas de prier.
Réponse des défenseurs : dans le contexte, la conversion signifiait l'entrée dans l'alliance de Médine. Pourquoi ça ne suffit pas : alors l'alliance politique exigeait la conversion religieuse. C'est précisément ce que le texte dit, et ce que la défense essaie de ne pas dire.
Principe utilisé : s'en tenir au texte (la procédure décrite révèle la nature de l'action).
Muslim 1731 donne les instructions aux chefs d'armée : « Quand tu rencontres tes ennemis polythéistes, invite-les à trois choses : l'islam […] ; s'ils refusent, demande-leur la jizya [impôt des non-musulmans soumis] ; s'ils refusent, […] combats-les. » Ibn Kathir rapporte qu'après les polythéistes, une autre « épée » vise les gens du Livre « jusqu'à la jizya » (9:29).
On ne propose pas à quelqu'un qui vous attaque de se convertir ou de payer un tribut. Cette procédure est celle d'une armée qui avance, pas d'une armée qui se défend. Qurtubi note même que 9:5 prouve « la licéité de les surprendre avant l'appel ».
Réponse des défenseurs : c'était le droit de la guerre de l'époque, pratiqué par tous les empires. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est peut-être vrai, mais alors ce n'est plus une guerre « seulement défensive ». C'est une guerre d'empire, comme les autres.
Principe utilisé : la citation sélective (ne montrer que ce qui arrange).
La défense cite 2:190 (« ceux qui vous combattent ») et 9:6 (l'asile). Mais selon les avis rapportés par les exégètes eux-mêmes : 2:190 est abrogé par 9:5 (Ibn Zayd) ; 9:6 est abrogé par 9:5 (al-Dahhak, al-Suddi) ; et 9:5 a « abrogé tout pacte entre le Prophète et les polythéistes » (al-Dahhak, cité par Ibn Kathir).
D'autres exégètes disent le contraire. Mais on ne peut pas présenter 2:190 comme « la règle du Coran » sans dire qu'une partie de la tradition la considère comme remplacée par le verset de l'épée.
Réponse des défenseurs : Ibn Kathir lui-même juge « discutable » l'abrogation de 2:190. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est exact. Mais cela montre que la tradition est divisée sur la question la plus importante : le Coran ordonne-t-il la paix ou la guerre ? Un texte « clair » ne devrait pas laisser ce point en suspens.
Principe utilisé : le hors-sujet (répondre à une autre question que celle posée).
Les règles de guerre de l'islam sont réelles : ne pas mutiler, ne pas tuer les femmes ni les enfants, ne pas trahir (Muslim 1731, Bukhari 3015). Elles répondent à la question « comment combattre ? ». Mais l'objection porte sur une autre question : « pourquoi combattre ? ». Une guerre de conquête menée proprement reste une guerre de conquête.
Réponse des défenseurs : ces règles étaient en avance sur leur temps. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est possible, et c'est un mérite. Mais cela ne change rien au but du combat, tel que le texte le fixe : la conversion ou la soumission.
Le combat décrit par 9:5, Bukhari 25 et Muslim 1731 s'arrête à la conversion ou au tribut, pas à la fin de l'agression. Les versets défensifs que cite la défense sont tenus pour abrogés par une partie de la tradition. Et les règles de conduite de la guerre ne disent rien de sa légitimité.
Ce que le lecteur peut retenir : une guerre qui prend fin quand l'autre change de religion n'est pas une guerre de défense.
Ce que cette fiche ne dit pas : l'immense majorité des musulmans ne lit pas ces versets comme un appel à la violence aujourd'hui, et de nombreux savants les limitent à leur contexte historique. La fiche juge des textes et un argument, pas des personnes.