La thèse défendue : « L'excision est une coutume africaine qui n'a rien à voir avec l'islam. »
Notre conclusion : en partie vrai : le Coran n'en parle pas, la pratique précède l'islam et existe chez des chrétiens et des animistes ; la majorité des musulmans du monde ne la pratique pas. Mais « rien à voir avec l'islam » est faux : un hadith (jugé faible) la mentionne comme acceptée, un autre hadith authentique la suppose, l'école chaféite (suivie en Égypte, Somalie, Yémen, Indonésie) la tient pour obligatoire, et les pays où elle est la plus répandue sont en majorité musulmans. L'OMS la classe comme une violation des droits humains sans aucun bénéfice de santé. En France, c'est un crime. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que disent les textes et les juristes musulmans sur l'excision des filles, et la défense « c'est une coutume, pas l'islam » est-elle exacte ?
Objection courante de l'athée : des hadiths et des écoles juridiques la reconnaissent ; l'islam ne l'a pas interdite.
Réponse courante du musulman : aucun verset ne l'ordonne, les hadiths sont faibles, la pratique est antérieure à l'islam et africaine, et de nombreux savants (dont Al-Azhar aujourd'hui) l'interdisent.
Aucun verset du Coran ne mentionne l'excision.
| Passage | Remarque |
|---|---|
| Coran | Aucune mention de la circoncision, masculine ou féminine. |
| 4:119 | « Je les ordonnerai, et ils changeront la création de Dieu » : verset parfois invoqué contre les mutilations par les opposants à l'excision (à vérifier chez les exégètes). |
Passages à capturer et à citer exactement avant publication.
khitān : « circoncision ». khifāḍ : « abaissement », terme juridique de l'excision féminine. fiṭra : « nature originelle ». MGF : mutilations génitales féminines (terme de l'OMS) ; FGM/C en anglais.
L'OMS distingue quatre types : ablation partielle ou totale du clitoris et/ou des petites lèvres (types I et II), infibulation (type III), et autres atteintes (type IV).
Lectures modernes : la plupart des organisations musulmanes internationales et de nombreux savants contemporains condamnent l'excision ; d'autres, dans les pays où elle est répandue, la défendent comme « honorable ».
Chiffres à vérifier dans les rapports de l'UNICEF et de l'OMS.
En une phrase : en France, l'excision est un crime, quel que soit le motif invoqué, coutumier ou religieux.
Ce bloc répond simplement à une question : « l'excision n'a rien à voir avec l'islam » est-il exact ?
La défense, en trois points : (A) le Coran n'en parle pas ; (B) les hadiths sont faibles ; (C) c'est une coutume africaine préislamique.
Principe utilisé : le principe de charité.
La défense (A) est exacte : aucun verset ne la mentionne. La défense (C) l'est en partie : la pratique est bien plus ancienne que l'islam (attestée dans l'Égypte antique), elle touche des chrétiens et des animistes, et beaucoup de pays musulmans ne la connaissent pas. La majorité des musulmans du monde ne la pratique pas. Il faut le dire.
Limite : ces points montrent que l'excision n'est pas exclusivement musulmane. Ils ne montrent pas que la tradition musulmane l'a rejetée.
Principe utilisé : la citation sélective.
L'école chaféite, suivie en Égypte, en Somalie, au Yémen, en Indonésie, tient la circoncision des filles pour obligatoire ; l'école hanbalite la juge « honorable » ; les malikites et les hanafites la jugent recommandée. Aucune école classique ne l'a interdite. Le hadith d'Umm ‘Atiyya, même faible, la rapporte comme une pratique à pratiquer avec modération, pas à supprimer.
Dire « l'islam n'en a rien dit » revient à ignorer ces avis, qui sont ceux de juristes que la défense cite par ailleurs comme des autorités.
Réponse des défenseurs : ces avis reposent sur des hadiths faibles, et les savants modernes ont corrigé. Pourquoi ça ne suffit pas : les savants modernes qui l'interdisent le font en s'écartant de leur propre école, au nom du préjudice. C'est un progrès, mais il montre que la tradition ne l'interdisait pas.
Principe utilisé : le silence significatif.
Le Coran interdit l'infanticide des filles (81:8-9, 16:58-59), pratique préislamique. Il ne dit rien de l'excision, pourtant alors courante dans certaines régions. Et le hadith d'Abu Dawud montre le Prophète voyant l'acte, et recommandant seulement de ne pas couper trop. Un législateur qui voit une mutilation et en limite l'ampleur sans l'interdire la tolère.
Réponse des défenseurs : le hadith est faible et ne peut pas servir de preuve. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est exact, et c'est un argument fort pour la défense. Mais le silence du Coran et l'absence d'interdiction dans toute la tradition classique restent à expliquer.
Principe utilisé : la vérification par les faits.
Le hadith justifie la pratique modérée par un argument de plaisir et de couple (« plus agréable pour la femme, préférable pour le mari »). L'OMS établit au contraire que toute forme d'excision réduit ou supprime la sensibilité, cause des douleurs et ne comporte aucun bénéfice de santé. Une règle fondée sur une raison que les faits démentent ne peut plus être défendue au nom de cette raison.
Réponse des défenseurs : seuls les actes graves (infibulation) sont condamnés ; une pratique « légère » serait acceptable. Pourquoi ça ne suffit pas : l'OMS range aussi les formes légères (incision, piqûre) parmi les mutilations, et aucune ne présente de bénéfice. L'ablation d'un tissu sain sur une enfant, sans raison médicale, est une atteinte à son corps.
Il est exact que le Coran n'en parle pas, que la pratique précède l'islam et qu'elle n'est pas propre aux musulmans. Mais la tradition l'a admise (hadith faible, hadith authentique supposant la circoncision des deux sexes), une école l'a rendue obligatoire, aucune ne l'a interdite, et les faits médicaux démentent sa justification.
Ce que le lecteur peut retenir : l'excision n'est ni « l'islam » ni « étrangère à l'islam » : c'est une pratique ancienne que la tradition juridique musulmane a tolérée et parfois prescrite, et que des savants musulmans contemporains rejettent à juste titre.
Ce que cette fiche ne dit pas : de nombreux musulmans et théologiens combattent l'excision avec courage, et des campagnes en pays musulmans en ont réduit la pratique. La fiche juge la défense « ça n'a rien à voir avec l'islam », pas les personnes.