La thèse défendue : « L'islam condamne un acte, pas des personnes, et la peine de mort ne repose que sur un hadith faible. »
Notre conclusion : le hadith « tuez-les » est discuté, c'est vrai. Mais les grandes écoles prévoient la lapidation ou la peine de la fornication, et Qurtubi rapporte des Compagnons qui ont brûlé ou lapidé des hommes. Un hadith authentique maudit des personnes, pas seulement des actes. Et le Coran affirme que nul n'avait commis cet acte avant le peuple de Loth, ce que l'observation contredit. En France, l'homosexualité est légale, et discriminer ou agresser pour ce motif est aggravé. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que condamnent exactement les versets sur le peuple de Loth, que disent les hadiths et les trois exégètes sur la peine, sur la place du désir ou de l'acte, et sur les femmes ?
Objection courante de l'athée : l'islam condamne les personnes homosexuelles à mort et traite d'abomination une orientation naturelle.
Réponse courante du musulman : le Coran condamne un acte (« al-fāḥisha ») et non des personnes ; le hadith de la peine de mort est faible ; la peine, dans la tradition, est rarement appliquée car elle suppose une preuve difficile.
Sources : quran.com/7/80-81, 26/165, 4/16 (et 27:54-55, 29:28-29, 11:77-83 voisins).
| Verset | Contenu (Hamidullah) | Remarque |
|---|---|---|
| 7:80 | « Et Lot, quand il dit à son peuple : "Vous livrez-vous à cette turpitude que nul, parmi les mondes, n'a commise avant vous ?" » | « al-fāḥisha » (turpitude, acte abject) |
| 7:81 | « Certes, vous assouvissez vos désirs charnels avec les hommes au lieu des femmes ! Vous êtes bien un peuple outrancier ! » | « shahwatan min dūni l-nisā’ » ; « musrifūn » |
| 26:165 | « Accomplissez-vous l'acte charnel avec les mâles de ce monde ? » | suit 26:166 : « et délaissez-vous ce que votre Seigneur a créé pour vous comme épouses ? » |
| 4:16 | « Les deux d'entre vous qui l'ont commise, sévissez contre eux. S'ils se repentent et se réforment, alors laissez-les en paix. » | « wa-lladhāni ya’tiyānihā minkum » : un duel dont le sens est discuté (2.3) |
Ce que les versions donnent - Le hadith qui ordonne de tuer est dans les Sunan (Tirmidhi, Abu Dawud, Ibn Majah), non dans Bukhari ni Muslim ; sa chaîne passe par ‘Amr ibn Abi ‘Amr, et Abu Dawud mentionne un hadith concurrent (‘Asim) qui l'affaiblit. - Les deux Ṣaḥīḥ contiennent l'interdit de coucher sous une même couverture (Muslim 338a), de la nudité, et la malédiction de l'imitation (Bukhari 5885). - Aucun hadith lu ne parle d'orientation ou de désir comme tel : ils visent des actes et des comportements.
al-Tabari (sous 7:80-81) : « Leur turpitude était d'approcher les mâles (itiyān al-dhukūr) » ; 7:81 : « vous approchez les hommes dans leurs parties postérieures par désir (shahwa), au lieu de ce que Dieu vous a permis des femmes » ; « l'outrance (isrāf) est de faire ce que Dieu a interdit ».
Ibn Kathir (sous 7:80-81) — capture :
Lot est envoyé aux gens de Sodome ; leur turpitude : « approcher les mâles », que « les fils d'Adam ne connaissaient ni ne concevaient » ; ‘Amr ibn Dinar : « aucun mâle n'avait sailli un mâle avant le peuple de Loth » ; le calife al-Walid ibn ‘Abd al-Malik : « sans le récit de Loth, je n'aurais pas cru qu'un mâle en monte un autre ». 7:81 : « vous avez abandonné les femmes et ce que votre Seigneur a créé pour vous d'elles pour les hommes » ; il cite 15:71 (Loth offre ses filles : « hā’ulā’i banātī ») et 11:79 (« tu sais ce que nous voulons »). « Les exégètes rapportent que les hommes se suffisaient entre eux et leurs femmes entre elles ».
al-Qurtubi (sous 7:80) — captures :
« Al-fāḥisha : l'accès aux mâles ; Dieu l'appelle fāḥisha pour montrer que c'est une fornication (zinā), comme dans 17:32. » Sur la peine, après avoir noté « le consensus sur son interdiction » : Malik : lapidation, marié ou non, et aussi le passif s'il est pubère (autre rapport : lapidation du marié seulement, prison et correction pour le non-marié ; avis de ‘Ata', al-Nakha‘i, Ibn al-Musayyab) ; Abu Hanifa : correction discrétionnaire (ta‘zīr), « pas de peine fixe, car ce n'est pas un zinā : pas de dot, pas de filiation » ; al-Shafi‘i : peine du zinā par analogie. Il cite aussi : Abu Bakr aurait fait brûler un homme (al-Fuja’a) sur avis de ‘Ali et des Compagnons ; Ibn al-Zubayr aurait fait lapider quatre hommes mariés et fouetter trois autres, sans objection d'Ibn ‘Abbas et d'Ibn ‘Umar ; Ibn al-‘Arabi : l'avis de Malik est « le plus fondé en chaîne et en appui ». Il cite le hadith « tuez l'auteur et le passif » (Abu Dawud, Ibn Majah, Tirmidhi, Nasa’i, Daraqutni), version de Tirmidhi « marié ou non ».
Sur « ce que nul n'a commis avant vous » : « signifie que la sodomie n'existait pas chez un peuple avant Loth ; les athées prétendent qu'elle était antérieure : la vérité est ce que dit le Coran » ; al-Hasan : « ils le faisaient avec les étrangers, non entre eux » ; Ibn Sirin : « parmi les animaux, seuls le porc et l'âne le font » (opinion rapportée).
Ibn Kathir et al-Tabari (sous 4:16) — capture :
« Wa-llādhāni ya’tiyānihā » : Ibn ‘Abbas et Ibn Jubayr : l'insulte et les coups de sandale, abrogés par le fouet ou la lapidation ; ‘Ikrima, ‘Ata', al-Hasan : « l'homme et la femme qui forniquent » ; al-Suddi : « les jeunes gens avant le mariage » ; Mujahid : « les deux hommes qui le font, sans allusion » — Ibn Kathir : « il veut dire la sodomie, Dieu sait ». Tabari retient que le verset vise les deux non-mariés, homme et femme, et non la sodomie entre hommes (si cela avait été visé, dit-il, on aurait employé « wa-lladhīna » pluriel masculin) ; Qurtubi rapporte les deux avis.
En une phrase : en France, on peut penser que c'est un péché, mais on ne peut ni le punir, ni le faire payer à quelqu'un.
Ce bloc répond simplement à une question : la défense « l'islam condamne l'acte, pas la personne, et sans peine de mort » tient-elle debout ? On la soumet à quatre tests de logique.
La défense, en trois points : (A) le Coran condamne un acte (al-fāḥisha), pas une identité ; (B) le hadith qui ordonne de tuer est dans les Sunan, avec une chaîne discutée ; (C) la peine, quand elle existe, est très difficile à appliquer.
Principe utilisé : la citation sélective (ne montrer qu'une partie du dossier).
La défense dit que la peine de mort repose sur un hadith faible. Mais Qurtubi rapporte les avis des écoles : Malik : la lapidation, marié ou non ; al-Shafi‘i : la peine de la fornication par analogie ; seul Abu Hanifa retient une simple correction. Il rapporte aussi qu'Abu Bakr aurait fait brûler un homme, et qu'Ibn al-Zubayr aurait fait lapider quatre hommes, sans objection d'Ibn ‘Abbas ni d'Ibn ‘Umar. Ibn al-‘Arabi juge l'avis de Malik « le plus fondé ».
La défense retient l'avis le plus doux (Abu Hanifa) et le présente comme « l'islam ». C'est un avis parmi d'autres, et minoritaire sur ce point.
Réponse des défenseurs : ces récits sur les Compagnons ne sont pas tous authentiques. Pourquoi ça ne suffit pas : les avis des écoles, eux, sont bien établis. Et si les récits sont faibles, il faut le dire, au lieu de passer sous silence ce que rapportent les plus grands exégètes.
Principe utilisé : s'en tenir au texte.
Bukhari 5885 : le Prophète « maudit les hommes qui se donnent l'apparence des femmes et les femmes qui se donnent celle des hommes ». Ce n'est pas un acte sexuel qui est maudit : ce sont des personnes, pour leur apparence.
Et pour une personne dont le désir est durablement tourné vers le même sexe, la distinction « acte / personne » ne change rien : toute expression de ce désir est appelée « turpitude ». Il ne lui reste que l'abstinence à vie ou un mariage avec quelqu'un qu'elle ne désire pas.
Réponse des défenseurs : le désir n'est pas un péché, seul l'acte l'est. Pourquoi ça ne suffit pas : dire à quelqu'un « ton désir n'est pas un péché, mais tu n'as jamais le droit de le vivre », c'est condamner sa vie, pas seulement un acte.
Principe utilisé : la vérification par les faits (une affirmation sur le monde doit correspondre à ce qu'on observe).
Le verset 7:80 dit que cet acte, « nul parmi les mondes ne l'a commis avant vous ». Qurtubi précise : « les athées prétendent qu'elle était antérieure : la vérité est ce que dit le Coran ». Ibn Sirin ajoute que parmi les animaux, seuls le porc et l'âne le font.
Or les comportements homosexuels sont observés chez de très nombreuses espèces animales (fait largement documenté en zoologie, source à ajouter au bloc 4). L'affirmation « personne avant eux » ne correspond pas à ce que l'on observe dans la nature.
Réponse des défenseurs : le verset parle des humains, et d'une pratique à l'échelle d'un peuple entier. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est une relecture qui restreint le sens. Qurtubi, lui, lisait bien une affirmation générale, et la défendait contre ceux qui la contestaient.
Principe utilisé : la cohérence du concept de création (si Dieu crée tout, il crée aussi ce qu'il condamne).
L'argument du Coran est que l'homme délaisse « ce que votre Seigneur a créé pour vous comme épouses » (26:166). Mais si Dieu crée chaque être humain, avec son corps et ses désirs, il crée aussi les personnes attirées par le même sexe. Soit l'orientation fait partie de la création, et on ne peut pas la dire contraire à la création. Soit elle n'en fait pas partie, et quelque chose échappe à la création de Dieu.
Réponse des défenseurs : Dieu crée aussi des tentations, pour éprouver les hommes. Pourquoi ça ne suffit pas : alors l'épreuve imposée à certains (renoncer à toute vie de couple) est sans commune mesure avec celle imposée aux autres. Une justice parfaite ne répartit pas les épreuves aussi inégalement.
La défense retient le seul avis doux (Abu Hanifa) alors que les autres écoles prévoient la lapidation ou la peine de la fornication. La distinction « acte / personne » est contredite par un hadith authentique qui maudit des personnes, et elle ne laisse aux personnes homosexuelles que l'abstinence à vie. Le Coran affirme en outre une « première fois » que l'observation contredit.
Ce que le lecteur peut retenir : dire « on condamne l'acte, pas la personne » ne change rien pour celui à qui on interdit, pour toujours, d'aimer.
Ce que cette fiche ne dit pas : il existe des musulmans homosexuels et des croyants qui proposent d'autres lectures du récit de Loth (l'agression des hôtes). La fiche juge des textes et un argument, pas des personnes.