La thèse défendue : « Ce hadith n'est pas un jugement sur les femmes : c'est un avertissement moral, et le Coran garantit la même rétribution aux hommes et aux femmes. »
Notre conclusion : la règle est peut-être la même, mais le péché cité est taillé pour un seul sexe : « l'ingratitude envers l'époux ». Il n'existe pas de péché symétrique d'« ingratitude envers l'épouse » qui remplirait l'Enfer d'hommes. Le hadith prête aux femmes, en groupe, un défaut de caractère, et se sert de la peur de l'Enfer pour obtenir des dons. Il ne peut avoir aucun effet en droit français. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : quels hadiths authentiques affirment que les femmes sont la majorité des habitants de l'Enfer, pour quelle raison donnent-ils, et comment les exégètes les articulent-ils avec les versets sur l'égalité de la rétribution ?
Objection courante de l'athée : les femmes seraient, d'après le Prophète, les premières destinées au Feu : le texte condamne les femmes par nature, et un Dieu juste n'établirait pas une telle statistique.
Réponse courante du musulman : le hadith donne lui-même le motif (l'ingratitude envers l'époux et envers les bienfaits, les malédictions fréquentes), il est prononcé dans une exhortation à l'aumône, et il est un avertissement et non un verdict ; le Coran dit que mâle et femelle sont rétribués de la même façon.
Sources : quran.com/33/35, 3/195, 4/124 (et 16/97).
| Verset | Contenu (Hamidullah) | Remarque |
|---|---|---|
| 33:35 | « Les Musulmans et Musulmanes [...] Allah a préparé pour eux un pardon et une énorme récompense » | énumération en paires (hommes/femmes) |
| 3:195 | « Je ne laisse pas perdre le bien que quiconque parmi vous a fait, homme ou femme, car vous êtes les uns des autres » | « ba‘ḍukum min ba‘ḍ » |
| 4:124 | « quiconque, homme ou femme, fait de bonnes œuvres [...] les voilà ceux qui entreront au Paradis » | le texte vaut « mâle ou femelle » |
| 16:97 | « Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne œuvre [...] Nous les récompenserons en fonction des meilleures » | idem |
(Les traductions Montada, Rashid Maash, Saheeh International, Yusuf Ali, Abdel Haleem de ces versets sont dans textes/ ; elles ne présentent pas d'écart de sens pour la formule « homme ou femme ».)
Ce que cela permet de comparer - Le motif est stable dans tous les hadiths qui en donnent un : l'ingratitude envers l'époux et envers le bienfait, associée à « malédiction fréquente » (Abu Sa‘id). - Dans Muslim 907, le mot kufr est précisé : ce n'est pas la mécréance envers Allah mais kufr al-‘ashīr (ingratitude envers le conjoint). - Les versions de ‘Imran et d'Usama ne donnent aucun motif ; elles opposent « les pauvres au Paradis » et « les femmes au Feu ». - Le hadith d'Abu Hurayra (Muslim 2834a) ne parle pas du nombre de femmes en Enfer : il répond à une dispute sur la répartition au Paradis.
Ibn Kathir (sous 33:35) — capture :
Il cite le hadith de l'‘Id dans son commentaire sur la charité (« al-mutaṣaddiqīn wa-l-mutaṣaddiqāt ») : « Le Prophète, quand il a prêché le jour de l'‘Id, a dit : Ô femmes, faites l'aumône, fût-ce de vos bijoux, car j'ai vu que vous êtes la majorité des gens du Feu » ; et il commente : « c'est comme s'il les exhortait et les incitait à ce par quoi elles se rachètent du Feu (yafdīna bihi anfusahunna) ». Dans le même passage, il rapporte la question d'Umm Salama (« pourquoi ne sommes-nous pas mentionnées dans le Coran comme les hommes ? ») et la descente du verset.
Ibn Kathir (sous 3:195) — capture :
« Ba‘ḍukum min ba‘ḍ » : « vous êtes tous égaux dans Ma rétribution (jamī‘ukum fī thawābī sawā’) » ; il rapporte aussi la question d'Umm Salama sur les femmes et l'émigration.
Ibn Kathir (sous 4:124) — capture :
Le verset décrit la grâce de Dieu qui accepte les bonnes œuvres des hommes et des femmes « à condition de la foi », sans en retrancher « la valeur d'un creux de noyau ».
al-Qurtubi : sous 33:35, il cite Tirmidhi (Umm ‘Umara) : « Je ne vois que des choses pour les hommes, et je ne vois pas les femmes mentionnées » ; sous 3:195, Umm Salama et la formule de l'égalité (« rijālukum shakl nisā’ikum fī l-ṭā‘a », « vos hommes sont du même genre que vos femmes dans l'obéissance » — al-Dahhak). Dans les passages lus, il ne commente pas le hadith « majorité de l'Enfer ».
al-Tabari : sous 33:35, il énumère les couples de qualités et conclut à « une grande récompense, c'est-à-dire le Paradis » pour chacun et chacune ; il rapporte la question de femmes à la maison du Prophète. Dans les passages lus, il ne cite pas le hadith.
En une phrase : en France, ce hadith relève de la croyance, et il ne peut justifier aucune différence de traitement.
Ce bloc répond simplement à une question : la défense « c'est un simple avertissement, pas un jugement sur les femmes » tient-elle debout ? On la soumet à quatre tests de logique.
La défense, en trois points : (A) le Coran garantit la même rétribution à l'homme et à la femme (3:195, 4:124, 16:97) ; (B) le hadith donne un motif lié au comportement (ingratitude, malédictions), pas à la nature ; (C) c'est une exhortation pédagogique à l'aumône (Ibn Kathir).
Principe utilisé : l'égalité réelle (une règle n'est égale que si ses critères s'appliquent pareillement aux deux).
Le Coran dit : même action, même rétribution. Mais le motif du hadith est « l'ingratitude envers l'époux » (kufr al-‘ashīr, Muslim 907). Il n'existe pas, dans ces textes, de péché symétrique « d'ingratitude envers l'épouse » qui enverrait la majorité des hommes en Enfer.
Le critère est donc défini par rapport au mari. Même si la règle de rétribution est égale, la liste des fautes ne l'est pas : on a créé une faute qui ne concerne qu'un sexe, puis on constate que ce sexe est plus puni.
Réponse des défenseurs : les hommes sont aussi menacés pour d'autres fautes (injustice, violence). Pourquoi ça ne suffit pas : aucun hadith ne dit que les hommes forment la majorité de l'Enfer pour ces fautes. Le texte désigne un seul groupe.
Principe utilisé : la généralisation abusive (prêter à tout un groupe le défaut de certains).
Bukhari 29 décrit le motif : « Si tu fais du bien à l'une d'elles toute ta vie, puis qu'elle voie en toi quelque chose, elle dit : je n'ai jamais rien vu de bon de toi. » C'est le portrait d'un défaut prêté aux femmes en tant que groupe. On pourrait dire la même chose de beaucoup d'hommes, mais le texte ne le fait pas.
La défense (B) dit « c'est un comportement, pas une nature ». Mais un comportement attribué à la majorité d'un sexe, au point de remplir l'Enfer, devient en pratique un trait de ce sexe.
Réponse des défenseurs : c'est une description de ce que le Prophète a vu, pas une généralisation. Pourquoi ça ne suffit pas : la vision n'est vérifiable par personne, et elle confirme exactement le stéréotype masculin de l'époque sur les femmes.
Principe utilisé : l'argument par la peur (pousser à agir par la menace plutôt que par la raison).
Le contexte est clair : « Faites l'aumône, car j'ai vu que vous êtes la majorité des gens du Feu » (Bukhari 304). Ibn Kathir le commente : le Prophète les incitait à ce « par quoi elles se rachètent du Feu ». L'annonce de l'Enfer sert à obtenir des dons.
La défense (C) dit que c'est pédagogique. Mais une pédagogie qui consiste à dire à un groupe « vous irez en majorité en Enfer, donnez pour vous en sauver » s'appelle de l'intimidation.
Réponse des défenseurs : l'aumône est un bien, et le but était de les sauver. Pourquoi ça ne suffit pas : le but ne change pas le moyen. Et pourquoi menacer seulement les femmes, alors que l'aumône est demandée à tous ?
Principe utilisé : la falsifiabilité (une affirmation que rien ne peut contredire n'apprend rien).
Personne ne peut vérifier qui est en Enfer. L'affirmation repose uniquement sur une vision. Elle ne peut être ni confirmée ni démentie. Mais elle a un effet bien réel : elle installe l'idée que les femmes sont moralement plus fautives que les hommes.
Réponse des défenseurs : pour un croyant, la parole du Prophète suffit. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est vrai pour celui qui croit déjà. Mais cela ne peut pas servir de preuve pour quelqu'un qui cherche à savoir si le texte est juste.
La règle de rétribution est égale, mais le péché invoqué ne concerne qu'un sexe (l'ingratitude envers l'époux). Le hadith prête à toutes les femmes un défaut de caractère, et il utilise une vision invérifiable pour obtenir des dons par la peur.
Ce que le lecteur peut retenir : une justice qui crée une faute propre aux femmes, puis constate que les femmes sont plus punies, n'est pas une justice égale.
Ce que cette fiche ne dit pas : beaucoup de musulmans lisent ce hadith comme une exhortation de circonstance, sans en tirer de jugement sur les femmes. La fiche juge un texte et un argument, pas des personnes.