La thèse défendue : « Les Qurayza ont trahi en pleine guerre ; ils ont choisi leur juge ; seuls les combattants ont été tués. C'était juste. »
Notre conclusion : le critère pour être tué n'était pas d'avoir combattu, mais d'avoir des poils pubiens : des adolescents ont été exécutés. Tous les hommes ont payé pour une trahison décidée par leurs chefs, alors que le Coran dit que « nul ne portera le fardeau d'autrui ». Et la défense hésite : tantôt c'est le jugement d'un homme (Sa‘d), tantôt c'est « le jugement de Dieu ». Aujourd'hui, ce serait un crime de guerre. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que disent le Coran, les hadiths authentiques et les trois exégètes sur le sort de la tribu juive des Banu Qurayza après la bataille du Fossé (an 5 de l'hégire) : qui a jugé, quel jugement, pour quelle faute, avec quelles règles de preuve ?
Objection courante de l'athée : le Prophète a fait massacrer toute une tribu juive, hommes exécutés, femmes et enfants réduits en esclavage, ce qui est un génocide.
Réponse courante du musulman : la tribu avait trahi un pacte en pleine guerre et s'était remise au jugement d'un arbitre de son choix ; le jugement a appliqué leur propre loi (Deutéronome) ; seuls les combattants furent tués.
Source : quran.com/33/26-27.
| Verset | Contenu (Hamidullah) | Remarque |
|---|---|---|
| 33:26 | « Et Il a fait descendre de leurs forteresses ceux des gens du Livre qui les avaient soutenus [les coalisés], et Il a jeté l'effroi dans leurs cœurs ; un groupe d'entre eux vous tuiez, et un groupe vous faisiez prisonniers. » | « min ṣayāṣīhim » : de leurs forteresses |
| 33:27 | « Et Il vous a fait hériter leur terre, leurs demeures, leurs biens, et aussi une terre que vous n'aviez point foulée. Et Allah est Omnipotent. » | Hamidullah ajoute entre crochets « [les coalisés] » en 33:26 |
Le verset ne nomme pas les Banu Qurayza : ce sont les exégètes qui identifient « ceux des gens du Livre qui les avaient soutenus ».
Ce que les versions donnent - Le jugement est prononcé par Sa‘d, chef des Aws, choisi par les Qurayza ; le Prophète l'approuve. - Le contenu du jugement (Bukhari, Muslim) : mise à mort des combattants (muqātila), captivité des femmes et des enfants. - La règle d'application (Abu Dawud, Tirmidhi) : l'âge de la pilosité tient lieu de critère de combattant. - Le chiffre n'est pas donné dans les hadiths lus.
Ibn Kathir (sous 33:26) — captures :
- Cause : quand les coalisés vinrent, les Qurayza « rompirent le pacte » avec le Prophète, par l'entremise de Huyayy ibn Akhtab, chef des Nadir, auprès de leur chef Ka‘b ibn Asad ; « cela a affligé le Prophète et les musulmans à l'extrême ».
- Déroulement : au retour du Fossé, Gabriel ordonne de marcher contre les Qurayza ; siège de vingt-cinq nuits ; ils se rendent au jugement de Sa‘d, leur allié de l'époque de l'ignorance, dans l'espoir de clémence (comme ‘Abdallah ibn Ubayy avait obtenu la libération des Banu Qaynuqa‘) ; les Aws l'implorent ; Sa‘d dit : « Il est temps que Sa‘d ne craigne le blâme de personne en Dieu » ; il fait confirmer que son jugement s'applique à tous, puis : « Je juge qu'on tue leurs combattants, qu'on prenne leurs enfants et leurs biens » ; le Prophète : « Tu as jugé du jugement de Dieu, au-dessus de sept cieux » (autre version : « du jugement du Roi »).
- Exécution : « on creusa des fosses ; ils furent amenés attachés et décapités ; ils étaient entre sept cents et huit cents » ; ceux qui n'avaient pas de poil furent pris avec les femmes.
- ‘Atiyya : « on me présenta au Prophète le jour de Qurayza ; on douta de moi ; il ordonna de vérifier si j'avais du poil ; on n'en trouva pas ; il me laissa et me joignit aux captifs » (Ahmad, Sunan, Tirmidhi : ḥasan ṣaḥīḥ).
- 33:26-27 : « wa-qadhafa fī qulūbihim al-ru‘b » : l'effroi ; « farīqan taqtulūna » : les combattants ; « wa-ta’sirūna farīqan » : les petits et les femmes ; 33:27 : « il vous a fait hériter leurs terres » ; la « terre que vous n'aviez pas foulée » : Khaybar, La Mecque, ou la Perse et Byzance (Ibn Jarir : tout est possible).
al-Qurtubi (sous 33:26) — capture :
« Ceux qui ont soutenu les coalisés, Quraysh et Ghatafan : ce sont les Banu Qurayza ; ṣayāṣīhim : leurs forteresses ; farīqan taqtulūna : les hommes ; wa-ta’sirūna farīqan : les femmes et la descendance. » Il renvoie, pour le détail, à ce qui précède (récit déjà donné).
al-Tabari (sous 33:26) — capture :
Il rapporte, d'après Qatada : le Prophète les assiège et les interpelle « Ô frères des singes ! » ; ils répondent : « Ô Abu al-Qasim, tu n'étais pas grossier » ; ils se rendent au jugement d'Ibn Mu‘adh ; Abu Lubaba leur fait signe que c'est l'égorgement (et 8:27 descend à son sujet) ; « il décida : on tue leurs combattants, on prend leurs enfants, leurs biens fonciers vont aux émigrés (muhājirūn) sans les Ansar » ; les siens lui reprochent de favoriser les émigrés : « vous aviez des terres, eux n'en avaient pas ». Le Prophète dit « Dieu a jugé parmi vous ». Il rapporte aussi la version d'Ibn Ishaq (‘Ali, porte-étendard, entend des insultes contre le Prophète).
En une phrase : jugé avec le droit d'aujourd'hui, cet épisode serait une exécution de masse de prisonniers, c'est-à-dire un crime de guerre.
Ce bloc répond simplement à une question : la défense « c'était la juste punition d'une trahison » tient-elle debout ? On la soumet à quatre tests de logique.
La défense, en trois points : (A) les Qurayza ont rompu leur pacte en pleine guerre (Ibn Kathir) ; (B) ils ont eux-mêmes choisi leur juge, Sa‘d ibn Mu‘adh ; (C) seuls les combattants ont été tués.
Principe utilisé : s'en tenir aux faits rapportés (comparer ce que dit la défense avec ce que disent les sources).
‘Atiyya al-Qurazi, un survivant, raconte : « On nous examina : ceux qui avaient commencé à avoir du poil furent tués, ceux qui n'en avaient pas ne le furent pas ; j'étais de ceux-là » (Abu Dawud 4404, Tirmidhi 1584 : ḥasan ṣaḥīḥ).
Le critère n'était donc pas « a-t-il combattu ? », mais « est-il pubère ? ». Un garçon de 12 ou 13 ans, qui n'avait jamais porté d'arme, pouvait être exécuté. Ibn Kathir parle de 700 à 800 hommes décapités au bord de fosses.
Réponse des défenseurs : à l'époque, tout homme pubère était considéré comme un combattant. Pourquoi ça ne suffit pas : alors la défense (C) est fausse. Ce ne sont pas « seulement les combattants », ce sont tous les hommes et garçons pubères.
Principe utilisé : la non-contradiction (une règle ne peut pas être affirmée et violée par la même autorité).
Ibn Kathir explique que la trahison a été décidée par le chef des Qurayza, Ka‘b ibn Asad, sous l'influence de Huyayy ibn Akhtab. Mais la punition frappe tous les hommes, sans chercher qui a voulu la trahison, qui s'y est opposé, qui a combattu.
Or le Coran pose ailleurs la règle de la responsabilité individuelle : « Nul ne portera le fardeau d'autrui » (6:164, 17:15, verset à capturer). On ne peut pas affirmer ce principe et approuver l'exécution de centaines de personnes pour une décision prise par leurs chefs.
Réponse des défenseurs : toute la tribu était engagée par le pacte, donc toute la tribu était responsable. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est précisément la définition d'une punition collective, que le principe « nul ne portera le fardeau d'autrui » interdit.
Principe utilisé : la non-contradiction (une même décision ne peut pas être à la fois humaine et divine pour échapper aux deux critiques).
La défense (B) dit : ce n'est pas le Prophète qui a jugé, c'est Sa‘d, choisi par les Qurayza. Mais le Prophète approuve : « Tu as jugé du jugement de Dieu, au-dessus des sept cieux » (Bukhari 4121, Ibn Kathir).
Soit c'est un jugement humain, et le Prophète pouvait le refuser ou gracier, comme il l'avait fait pour une autre tribu (les Banu Qaynuqa‘). Soit c'est le jugement de Dieu, et c'est Dieu qui ordonne l'exécution d'adolescents. La défense ne peut pas dire « ce n'est pas lui » et « c'est Dieu » en même temps.
Réponse des défenseurs : Sa‘d a jugé juste, et le Prophète l'a constaté. Pourquoi ça ne suffit pas : alors on revient à la question de départ : est-il juste de tuer tous les hommes pubères d'une tribu pour la trahison de ses chefs ?
Principe utilisé : l'impartialité (un juge qui a un intérêt dans l'affaire ne peut pas juger équitablement).
Les Qurayza ont choisi Sa‘d parce qu'il était leur ancien allié et qu'ils espéraient sa clémence (Ibn Kathir). Mais Sa‘d avait été gravement blessé pendant la bataille du Fossé (Bukhari 4122), en combattant les alliés des Qurayza. Avant le verdict, Abu Lubaba fait déjà signe aux assiégés que ce sera « l'égorgement » (Tabari, d'après Qatada). Et le verset 33:27 dit : « Il vous a fait hériter leur terre, leurs demeures, leurs biens. »
Un juge blessé par l'ennemi, un verdict annoncé d'avance, et des biens qui reviennent au camp du juge : ce ne sont pas les conditions d'un jugement impartial.
Réponse des défenseurs : les Qurayza l'ont choisi, ils ne peuvent pas s'en plaindre. Pourquoi ça ne suffit pas : des assiégés qui se rendent n'ont pas un vrai choix. Et le consentement de l'accusé ne rend pas un juge impartial.
Selon les sources musulmanes elles-mêmes, tous les hommes pubères ont été tués, y compris des adolescents, pour une trahison décidée par leurs chefs, contre le principe coranique de responsabilité individuelle. La décision est présentée à la fois comme humaine (pour en décharger le Prophète) et divine (pour la rendre incontestable), et elle a été rendue par un juge qui n'était pas neutre.
Ce que le lecteur peut retenir : « ils avaient trahi » peut expliquer une sanction contre les responsables. Cela ne justifie pas d'exécuter un garçon parce qu'il a des poils.
Ce que cette fiche ne dit pas : des historiens discutent le nombre de victimes, et de nombreux musulmans sont mal à l'aise avec cet épisode. La fiche juge les récits des sources musulmanes et l'argument de leur défense, pas des personnes.