La thèse défendue : « Le verset 18:86 décrit seulement ce que Dhu l-Qarnayn a vu : au bord de la mer, le soleil semble se coucher dans l'eau. Ce n'est pas une affirmation astronomique. »
Notre conclusion : le texte présente le « couchant du soleil » comme un lieu qu'on atteint, près duquel vit un peuple, et fait de même pour le « levant » (18:90). Un hadith rapporté par Abu Dawud fait dire au Prophète que le soleil se couche « dans une source chaude ». Et le récit suit de très près une légende chrétienne d'Alexandre le Grand, contemporaine de l'islam, où Alexandre voit le soleil plonger dans une mer et bâtit un mur contre Gog et Magog. L'explication la plus simple est l'emprunt d'une légende. En droit, c'est une croyance libre. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que raconte le récit de Dhu l-Qarnayn (18:83-98) sur le coucher et le lever du soleil, et comment faut-il le lire ?
Objection courante de l'athée : le Coran dit que le soleil se couche dans une source boueuse, ce qui est une erreur astronomique ; le récit vient d'une légende sur Alexandre.
Réponse courante du musulman : le verbe « il trouva » (wajadahā) décrit une perception : depuis le rivage, le soleil semble entrer dans la mer ; Ibn Kathir l'expliquait déjà ainsi.
Sources à capturer : quran.com. Traduction de Hamidullah, à vérifier mot pour mot.
| Verset | Contenu (d'après Hamidullah) |
|---|---|
| 18:83-84 | « Et ils t'interrogent sur Dhu l-Qarnayn. Dis : “Je vais vous en citer quelque fait mémorable.” Vraiment, Nous avons affermi sa puissance sur terre, et Nous lui avons donné libre voie à toute chose. » |
| 18:86 | « Et quand il eut atteint le Couchant (maghrib al-shams), il trouva que le soleil se couchait dans une source boueuse (fī ‘aynin ḥami’atin), et, auprès d'elle il trouva une peuplade. » |
| 18:90 | « Et quand il eut atteint le Levant (maṭli‘ al-shams), il trouva que le soleil se levait sur une peuplade à laquelle Nous n'avions pas donné d'abri contre lui. » |
| 18:94-98 | Gog et Magog (Ya’jūj wa Ma’jūj) « commettent du désordre sur terre » ; Dhu l-Qarnayn construit une barrière de fer et de cuivre fondu, qui sera réduite en poussière quand viendra la promesse de son Seigneur. |
Voir aussi le hadith du soleil qui va se prosterner sous le Trône (Bukhari 3199), dans la fiche géocentrisme.
Passages à capturer et à citer exactement avant publication.
maghrib al-shams : « le lieu ou le moment du coucher du soleil ». ‘ayn : « source ». ḥami’a : « de boue noire » ; ḥāmiya : « chaude » (variante de lecture). Dhū l-Qarnayn : « celui aux deux cornes ».
Lectures modernes : des chercheurs (Kevin van Bladel, 2008, à vérifier) ont montré la proximité du récit avec la Légende syriaque d'Alexandre (texte chrétien du début du VIIe siècle), où Alexandre, coiffé de cornes, va jusqu'au lieu où le soleil se couche dans une mer fétide, puis construit une porte de fer contre les peuples de Gog et Magog.
En une phrase : en France, on peut croire au miracle ; c'est la logique, pas la loi, qui le juge.
Ce bloc répond simplement à une question : le verset 18:86 ne décrit-il qu'une apparence, comme le dit la défense ?
La défense, en deux points : (A) « il trouva » décrit ce que voyait Dhu l-Qarnayn, pas la réalité ; (B) Ibn Kathir, déjà, le lisait ainsi.
Principe utilisé : s'en tenir au texte et au contexte.
Le verset ne dit pas « au bord d'une mer, il lui sembla que le soleil plongeait ». Il dit que Dhu l-Qarnayn « atteignit le couchant du soleil », et qu'il trouva « auprès d'elle » (la source) un peuple. Puis il « atteignit le levant du soleil », où vivait un peuple sans abri contre lui (18:90).
Si ce n'était qu'une apparence, on ne pourrait pas « atteindre » le couchant : on le voit de partout, chaque soir. Le récit décrit un monde où le soleil se couche et se lève en des lieux précis, aux deux bouts de la terre.
Réponse des défenseurs : « le couchant » veut dire « l'extrême ouest », la limite des terres connues. Pourquoi ça ne suffit pas : alors Dhu l-Qarnayn a atteint l'ouest et vu le soleil se coucher dans l'océan, ce que voit n'importe qui sur une côte. Rien ne justifie de le présenter comme un fait remarquable, ni de dire qu'il « trouva » le soleil se couchant dans une source.
Principe utilisé : la citation sélective.
La défense « c'est une apparence » doit expliquer le hadith d'Abu Dharr (Abu Dawud 4002) : au coucher du soleil, le Prophète demande « Sais-tu où il se couche ? » et répond : « dans une source chaude ». Ce n'est plus Dhu l-Qarnayn qui voit quelque chose, c'est le Prophète qui enseigne où va le soleil. Tabari rapporte aussi que Ka‘b al-Ahbar confirmait la « boue noire » d'après la Torah.
Réponse des défenseurs : ce hadith n'est pas dans Bukhari ni Muslim, et son authenticité se discute. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est possible, mais il montre qu'une partie des premiers musulmans comprenait le verset au sens propre. Et Bukhari 3199 (le soleil qui va sous le Trône), lui, est authentique.
Principe utilisé : la charge de la preuve (une explication humaine simple doit être écartée avant d'invoquer une révélation).
Au début du VIIe siècle, une légende chrétienne en syriaque racontait qu'Alexandre le Grand, représenté avec des cornes, était allé jusqu'au lieu où le soleil se couche dans une mer, puis avait construit une porte de fer contre les peuples de Gog et Magog, qui la briseraient à la fin des temps. Le récit de 18:83-98 reprend les mêmes éléments, dans le même ordre.
Selon la tradition elle-même, la question sur Dhu l-Qarnayn avait été posée pour tester le Prophète sur une histoire connue. L'explication la plus simple est que le Coran reprend une légende qui circulait, avec ses erreurs.
Réponse des défenseurs : Dhu l-Qarnayn n'est pas forcément Alexandre, et la légende syriaque a pu être influencée par des traditions plus anciennes. Pourquoi ça ne suffit pas : les ressemblances (cornes, couchant dans une mer, porte de fer, Gog et Magog, fin des temps) sont trop nombreuses pour être fortuites. Et une révélation divine n'aurait pas besoin de reprendre une légende fausse.
Principe utilisé : la vérification par les faits.
Le récit décrit une barrière de fer et de cuivre fondu, construite entre deux montagnes, qui retient Gog et Magog jusqu'à la fin des temps (18:94-98). Une telle construction devrait exister quelque part. Elle n'a jamais été identifiée : la Terre a été entièrement cartographiée, et aucun peuple n'y est retenu derrière une muraille de métal.
Réponse des défenseurs : la muraille a peut-être été recouverte, ou se trouve dans un lieu que l'on n'a pas reconnu. Pourquoi ça ne suffit pas : une affirmation qu'on sauve en supposant qu'elle est cachée devient invérifiable. Et les peuples « retenus » devraient, eux aussi, exister.
Le texte présente le couchant et le levant du soleil comme des lieux qu'on atteint. Un hadith fait dire au Prophète que le soleil se couche dans une source chaude. Le récit suit une légende d'Alexandre qui circulait au même moment, jusqu'à la muraille contre Gog et Magog que personne n'a jamais trouvée.
Ce que le lecteur peut retenir : la lecture « apparence » est possible pour un seul mot ; elle ne tient pas pour l'ensemble du récit.
Ce que cette fiche ne dit pas : Ibn Kathir et beaucoup de croyants lisent ce verset comme une simple description de ce que l'on voit, et y cherchent une leçon morale (la justice d'un roi pieux). La fiche juge la cohérence du récit, pas la foi.