Haman, ministre de Pharaon : le Coran l'a-t-il placé dans la mauvaise époque ? (Coran 28:38, 40:36 ; Esther 3:1)
En bref : notre verdict
Défense insuffisante
La thèse défendue : « Le Coran n'a rien copié de la Bible : Haman est un nom égyptien, attesté sur une stèle ; l'objection d'anachronisme est fausse. »
Notre conclusion : dans la Bible, Haman est le vizir du roi perse Assuérus (Xerxès Ier), au Ve siècle av. J.-C. (livre d'Esther), soit environ sept siècles après le Pharaon de l'Exode. Le Coran place Haman auprès de Pharaon, avec la même structure d'histoire (orgueil, tour, châtiment). Les défenseurs citent une stèle de Vienne où l'on lit parfois un nom proche, mais la lecture, la date et l'identification sont discutées et ne prouvent ni qu'il s'agisse d'un ministre de Pharaon, ni qu'il soit le « Haman » du Coran. L'explication reste non démontrée. Détail au bloc 6.
Fiche sans captures
Cette fiche a été rédigée sans accès aux sites sources. Les références (versets, numéros de hadiths, passages des exégètes) sont données pour être vérifiées et capturées avant publication. Le raisonnement, lui, est complet.
Bloc 1 — La question
Question : y a-t-il eu un Haman à la cour du Pharaon de Moïse ?
Objection courante : Haman est un personnage du livre d'Esther, Perse, bien plus tardif ; le Coran l'aurait déplacé.
Réponse courante du musulman : le Coran n'a pas copié la Bible ; un nom proche (Hmn, « chef des carrières ») est attesté en Égypte ; les hiéroglyphes n'étaient pas lisibles à l'époque du Prophète.
Bloc 2 — Ce que disent les sources
2.1 Les versets
| Verset | Contenu en bref |
| 28:6, 28:8 | Pharaon, Haman et leurs armées. |
| 28:38 | Pharaon demande à Haman de cuire de l'argile et de bâtir une tour. |
| 40:36-37 | Pharaon demande à Haman de bâtir une tour pour atteindre « les voies des cieux ». |
| 29:39 | Qarun, Pharaon et Haman. |
Les versets en entier
28:38
« Pharaon dit : “Ô notables ! Je ne vous connais pas d'autre divinité que moi. Ô Haman, allume-moi du feu sur l'argile (cuis des briques) et construis-moi une tour, peut-être monterai-je vers le Dieu de Moïse ; mais je pense qu'il est un menteur.” »
40:36-37
« Pharaon dit : “Ô Haman, construis-moi une tour, peut-être atteindrai-je les voies, les voies des cieux, et verrai-je le Dieu de Moïse. Je pense qu'il est un menteur.” C'est ainsi que fut embelli à Pharaon le mal de ses actes et qu'il fut écarté du chemin. La ruse de Pharaon ne fut que perdition. »
28:8
« Les gens de Pharaon le recueillirent, pour qu'il devienne pour eux un ennemi et une cause d'affliction. Pharaon, Haman et leurs armées étaient fautifs. »
Traductions faites dans ce projet ; à comparer avec Hamidullah avant publication.
2.2 Les hadiths
Aucun hadith décisif
Les hadiths ne tranchent pas la question ; elle relève du texte et de l'histoire. À vérifier dans Tabari et Ibn Kathir.
2.3 Les exégètes
- Tabari et Ibn Kathir présentent Haman comme un ministre ou vizir de Pharaon, sans le rapprocher de l'histoire d'Esther.
- Des auteurs modernes (dont Maurice Bucaille, Moïse et Pharaon, à vérifier) citent un « Haman » égyptien, chef des carrières, sur une stèle du Kunsthistorisches Museum de Vienne.
2.4 Ce qui ressort
- La stèle citée appartient à un autre contexte (époque et position différentes de celles du Pharaon de l'Exode) ; elle n'est pas un argument établi. À vérifier auprès d'égyptologues (ouvrage de Hermann Ranke, Die ägyptischen Personennamen).
- Les défenseurs rappellent que le Coran ne reprend pas l'ordre du livre d'Esther et ne désigne pas Haman comme Agagite.
Bloc 3 — Les mots arabes et les lectures modernes
Hāmān : forme arabe. Dans la Bible hébraïque : Hāmān (Esther 3:1), « l'Agaguite ». Origine du nom discutée : perse (Hamāna, « de bonne intention ») selon la plupart des spécialistes ; élamite selon d'autres. ṣarḥ : tour ou palais élevé. ṭīn : argile ; awqid « allume » : cuire des briques.
Bloc 4 — Science et société
- Chronologie : Exode (hypothèse courante) vers le XIIIe siècle av. J.-C. ; Esther vers 480-470 av. J.-C. (Xerxès Ier).
- Les hiéroglyphes ont été déchiffrés en 1822 (Champollion). À l'époque du Prophète, personne ne pouvait les lire : l'argument « il n'a pas pu l'apprendre des hiéroglyphes » est vrai, mais non pertinent si l'information vient de traditions orales juives ou chrétiennes.
- Briques : l'Égypte du Nouvel Empire utilisait surtout des briques crues séchées au soleil. La brique cuite est rare avant l'époque romaine ; l'ordre de « cuire de l'argile » (28:38) est parfois cité comme anachronique. À vérifier.
- La tour de 28:38 rappelle Babel (Genèse 11) dans sa forme (briques cuites, tour vers les cieux).
Bloc 5 — Cadre français
Position du droit français
Hors du champ du droit
- Croire et enseigner cette doctrine : libre (loi de 1905, Déclaration de 1789, art. 10).
- La critiquer, y compris de façon tranchée, est tout aussi libre : le blasphème n'est pas une infraction (voir blasphème). La seule limite est l'injure ou la provocation à la haine contre les personnes.
En une phrase : en France, on peut croire cette doctrine, et on peut dire qu'elle ne tient pas.
Bloc 6 — Analyse rationnelle et logique
La défense : (A) le nom est égyptien (stèle) ; (B) les hiéroglyphes n'étaient pas lisibles ; (C) Haman peut être un titre ou un homonyme.
1. La stèle n'établit pas ce qu'on lui demande
Principe utilisé : la charge de la preuve.
Pour que (A) soit une preuve, il faudrait : un nom lu avec certitude « Haman », un titulaire contemporain de Pharaon, et un lien avec le Haman coranique. Chacun de ces trois points est discuté. Un nom proche, attesté ailleurs, ne prouve pas la présence de ce personnage dans cette histoire.
Réponse des défenseurs : la stèle montre que le nom existait. Pourquoi ça ne suffit pas : un nom qui existe n'est pas un fait historique sur ce personnage-là.
2. L'argument des hiéroglyphes est vrai mais hors-sujet
Principe utilisé : le hors-sujet.
(B) répond à « le Prophète l'a lu dans les hiéroglyphes ». Personne ne le soutient. L'objection est qu'il a pu tenir le nom de Haman d'une tradition juive ou chrétienne, par un récit oral, où la scène de Babel et le livre d'Esther sont connus. Cette hypothèse n'est pas démentie par le déchiffrement de 1822.
3. « Haman » et un titre, ou un homonyme : on rajoute pour sauver
Principe utilisé : la falsifiabilité.
(C) rend l'objection inattaquable : si le nom est attesté, c'est un Haman égyptien ; s'il ne l'est pas, c'est un homonyme ou un titre. Une explication qui s'adapte à tous les cas n'établit rien.
4. La tour et les briques cuites rappellent Babel
Principe utilisé : l'analogie.
La demande de construire une tour pour atteindre le ciel, avec des briques cuites, ressemble à l'épisode de Babel (Genèse 11:3-4). Le Coran n'est pas obligé de dépendre de ce récit, mais la ressemblance, jointe au nom du ministre de l'autre histoire (Haman, Esther), est le genre d'indice qui fait soupçonner une mémoire mêlée.
Conclusion du bloc 6
Défense insuffisante
L'objection d'anachronisme n'est pas prouvée (le nom pouvait exister en Égypte), mais la défense « c'est un fait historique vérifié » ne l'est pas non plus. L'argument de la stèle est faible, celui des hiéroglyphes est hors-sujet.
Ce que cette fiche ne dit pas : elle ne tranche pas l'histoire de ce personnage ; elle examine la force des arguments avancés pour et contre.
Fiche rédigée sans captures. Les références sont à vérifier sur les sources avant publication ; les traductions sont faites dans ce projet ou reprises de Hamidullah.