La thèse défendue : « Le Coran ne contient aucune erreur historique ; “sœur d'Aaron” est une expression symbolique ou signifie “descendante d'Aaron”. »
Notre conclusion : le Coran appelle Marie « sœur d'Aaron » (19:28) et « fille d'Imran » (66:12), et nomme son père « Imran » (3:33-35). Or, dans la Bible, Miriam, sœur d'Aaron et de Moïse, est fille d'Amram et a vécu environ mille trois cents ans avant Marie. Plusieurs lectures sont possibles : confusion, symbole, parenté lointaine, homonymie. Celle des défenseurs est plausible, mais elle est supposée : le hadith qui en parle (Muslim 2135) donne une réponse ambiguë, et les exégètes anciens proposent quatre explications différentes. Ce n'est pas démontré comme une exactitude historique. Détail au bloc 6.
Question : pourquoi Marie, mère de Jésus, est-elle appelée « sœur d'Aaron » et « fille d'Imran » ?
Objection courante : le Coran confond Marie avec Miriam, sœur de Moïse et d'Aaron, fille d'Amram (Exode 6:20, Nombres 26:59).
Réponse courante du musulman : « sœur d'Aaron » signifie « de la lignée d'Aaron » ou « pieuse comme Aaron » ; l'usage arabe nomme ainsi ; Marie était de la tribu de Lévi (Luc 1:5, 1:36).
| Verset | Contenu en bref |
|---|---|
| 19:28 | Les gens disent à Marie : « Ô sœur d'Aaron ! Ton père n'était pas un homme mauvais. » |
| 66:12 | « Marie, fille d'Imran, qui garda sa chasteté. » |
| 3:33-35 | Dieu a élu la famille d'Imran ; la femme d'Imran voue son enfant. |
ukht : « sœur ». En arabe comme en hébreu, « sœur » ou « fils de » peuvent s'employer au sens figuré (membre d'une famille, d'un groupe), ce que les défenseurs rappellent à juste titre. ‘Imrān : l'arabe correspond à l'hébreu ‘Amram. Hārūn : Aaron (Aharon). Maryam : correspond à l'hébreu Miryam.
En une phrase : en France, on peut croire cette doctrine, et on peut dire qu'elle ne tient pas.
La défense : (A) « sœur d'Aaron » est figuré ; (B) le Prophète l'a expliqué ; (C) Marie est de la lignée de Lévi.
Principe utilisé : le principe de charité.
En hébreu comme en arabe, « fils de » ou « sœur de » indiquent souvent l'appartenance à un groupe. Luc 1:5 et 1:36 rendent Marie proche de la lignée d'Aaron. La lecture « descendante d'Aaron » n'est donc pas absurde.
Principe utilisé : s'en tenir au texte.
Le verset 19:28 emploie « sœur d'Aaron » comme une adresse directe. Le verset 66:12 dit « fille d'Imran », sans autre précision. Si l'on ajoute 3:35, où la femme d'Imran voue un enfant à Dieu, le texte raconte une naissance, pas une généalogie large. Le sens « descendante lointaine » est introduit après coup pour résoudre la difficulté.
Réponse des défenseurs : il y a deux Imran. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est possible, mais le Coran ne dit rien de tel, et la coïncidence entre les noms (Aaron, Imran, Marie) est précisément ce qui donne l'impression de Miriam.
Principe utilisé : la règle et sa raison.
Les chrétiens de Najran posent la question en termes d'anachronisme. La réponse « ils donnaient des noms de prophètes » est valable pour un nom, pas pour une relation familiale précise (« sœur », « ton père »). Elle explique pourquoi un homme pouvait s'appeler Haroun, pas pourquoi Marie est sa sœur. Tabari liste quatre solutions : cela montre que la difficulté a été ressentie dès l'origine.
Principe utilisé : la charge de la preuve.
Un lecteur extérieur voit : Marie, Aaron, Imran, une sœur et un père, soit exactement le groupe de Miriam. S'il y avait une raison particulière (deux Imran, une lignée), le Coran n'a pas jugé utile de la donner, alors qu'il discute longuement d'autres détails.
Réponse des défenseurs : le Coran s'adressait à des gens qui connaissaient ces noms. Pourquoi ça ne suffit pas : des chrétiens de Najran, eux, ont soulevé la question.
L'explication par la lignée est plausible mais non démontrée. Elle repose sur des ajouts, des divergences d'exégètes et une réponse prophétique ambiguë. La confusion avec Miriam n'est pas prouvée, mais elle n'est pas écartée.
Ce que cette fiche ne dit pas : elle ne conclut pas que le Coran se trompe ; elle dit que la défense « aucune erreur possible » n'est pas établie.