La thèse défendue : « Le Coran décrit et réfute exactement ce que croient les chrétiens, et il l'a fait avec précision. »
Notre conclusion : en 5:116, Dieu demande à Jésus s'il a dit aux gens : « Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités ». Dans la doctrine chrétienne de la Trinité (Père, Fils, Saint-Esprit), Marie n'est pas une divinité. Le Coran présente un « troisième » qui n'est pas celui des conciles (5:73). Les défenseurs répondent qu'il vise des groupes marginaux d'Arabie (collyridiens, tritheistes) ou des croyances populaires. L'explication est possible, mais alors le Coran ne réfute pas la Trinité des conciles, alors qu'il se présente comme s'adressant aux « gens du Livre » en général. Détail au bloc 6.
Question : le Coran représente-t-il correctement la doctrine chrétienne de la Trinité ?
Objection courante : il y fait entrer Marie à la place du Saint-Esprit, ce qu'aucune Église ne soutient.
Réponse courante du musulman : il critique ce que les chrétiens d'Arabie croyaient vraiment (vénération de Marie) ou la dérive vers le tritheisme ; il ne prétend pas décrire la théologie savante.
| Verset | Contenu en bref |
|---|---|
| 5:73 | « Dieu est le troisième de trois » est de la mécréance. |
| 5:116 | Jésus nie avoir dit : « Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour divinités. » |
| 4:171 | « Ne dites pas “trois” » ; Jésus est messager, Parole de Dieu et esprit venant de Lui. |
| 5:17 ; 5:72 | « Dieu, c'est le Messie fils de Marie » est de la mécréance. |
thālithu thalāthatin : « troisième de trois ». ilāhayn : « deux divinités » (5:116). kalimatuhu : « Sa parole ». rūḥ : esprit. ibn : « fils » ; dans la doctrine chrétienne, « Fils » désigne une relation éternelle, non une naissance biologique.
En une phrase : en France, on peut croire cette doctrine, et on peut dire qu'elle ne tient pas.
La défense : (A) le Coran vise les croyances réelles d'Arabie ; (B) l'Esprit saint est Gabriel ; (C) il réfute le tritheisme.
Principe utilisé : la non-contradiction avec les faits.
5:116 fait dire à Dieu : « Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités. » Aucune Église ne l'enseigne. La Trinité des conciles est : Père, Fils et Saint-Esprit. Le Coran la décrit autrement : soit il se trompe, soit il décrit autre chose.
Réponse des défenseurs : (A) il décrit les croyances populaires d'Arabie. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est possible, mais alors le Coran n'est pas la description de « ce que croient les chrétiens », il ne contredit pas la Trinité des conciles, et son lecteur doit savoir qu'il ne parle que d'un petit groupe.
Principe utilisé : la généralisation.
4:171 dit : « Ô gens du Livre… ne dites pas “trois” ». 5:73 : « ceux qui disent ». Ces formules visent un groupe en général. Une réfutation destinée à des collyridiennes ou à des tritheistes aurait pu être formulée comme telle. Qu'elle soit adressée à tous montre soit un raccourci, soit une confusion.
Principe utilisé : l'équivoque.
Si « troisième de trois » vise le Père, le Fils et le Saint-Esprit, il n'y a pas de Marie. Si l'Esprit est Gabriel (2:87), alors le Coran n'a pas vu qu'il n'est pas question d'un ange dans la Trinité chrétienne. Si « trois » vise le tritheisme, il ne s'agit pas du christianisme dominant. Dans les trois cas, le Coran ne réfute pas la doctrine telle que les chrétiens la formulent.
Principe utilisé : le principe de charité.
Le cœur du message est clair : Dieu est un, Jésus est un messager. Sur ce point (la divinité de Jésus), le désaccord est réel et honnête. Il ne dépend pas d'une description exacte de la Trinité. C'est un désaccord théologique, que ni l'une ni l'autre des parties ne peut trancher par une simple preuve historique.
La thèse « le Coran décrit correctement la Trinité » n'est pas soutenable. L'explication la plus crédible, un public d'Arabie aux croyances mêlées, retire à ces versets leur portée universelle.
Ce que cette fiche ne dit pas : elle ne juge pas la Trinité elle-même, et ne tranche pas la question de la divinité de Jésus. Elle examine l'exactitude d'une description.