La thèse défendue : « Le voile est une prescription divine nouvelle, apportée par l'islam pour honorer toutes les femmes croyantes. »
Notre conclusion : le voile existait bien avant l'islam, en Assyrie, à Byzance, chez les juifs et les chrétiens, et il servait déjà à distinguer les femmes libres et mariées des esclaves, exactement comme en 33:59. Le mot ḥijāb désigne dans le Coran un rideau placé entre les visiteurs et les épouses du Prophète (33:53), pas un foulard. Et selon Bukhari, ce verset est venu après l'insistance de ‘Umar, qui s'en félicitait comme d'un de ses avis « confirmés » par Dieu. En France, porter le voile est libre, avec des limites. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : d'où vient le voile des femmes musulmanes ? Est-ce une nouveauté de l'islam, pour qui a-t-il d'abord été prescrit, et pourquoi ?
Objection courante de l'athée : le voile est une coutume bien plus ancienne que l'islam, liée au statut social des femmes, et l'islam l'a reprise.
Réponse courante du musulman : le voile est un commandement de Dieu adressé à toutes les croyantes, pour leur dignité et leur protection ; les ressemblances avec d'autres cultures s'expliquent par l'origine divine commune des religions.
Le sens des versets (que couvrir ? le visage ?) est traité dans la fiche le voile : khimār et jilbāb. Cette fiche-ci porte sur l'origine.
Sources à capturer : quran.com. Traduction de Hamidullah, à vérifier mot pour mot.
| Verset | Contenu (d'après Hamidullah) | Destinataires |
|---|---|---|
| 33:32-33 | « Ô femmes du Prophète ! Vous n'êtes comparables à aucune autre femme […] Restez dans vos foyers ; et ne vous exhibez pas à la manière des femmes d'avant l'islam (tabarruj al-jāhiliyya). » | Les épouses du Prophète |
| 33:53 | « Et si vous leur demandez [à ses épouses] quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau (min warā’i ḥijāb) : c'est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs. » | Les visiteurs des épouses du Prophète |
| 33:59 | « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. » | Toutes les croyantes |
| 24:31 | « et qu'elles rabattent leur voile (khumur) sur leurs poitrines » | Toutes les croyantes |
Ailleurs dans le Coran, ḥijāb désigne toujours une séparation : un voile entre le Paradis et l'Enfer (7:46), un rideau derrière lequel Marie se retire (19:17), le soleil caché « derrière le voile » de la nuit (38:32).
Un récit attribue aussi à ‘Umar d'avoir frappé une esclave qui s'était couverte la tête, en lui reprochant d'imiter les femmes libres (rapporté par des recueils secondaires, chaîne et référence à vérifier).
Passages à capturer et à citer exactement avant publication.
ḥijāb : « ce qui sépare, cache » (rideau, écran). khimār : couvre-chef. jilbāb : grand vêtement de dessus. tabarruj : « s'exhiber, se montrer parée ». ‘awra : partie du corps à couvrir.
Lectures modernes : des historiennes musulmanes (Fatima Mernissi, Le harem politique, 1987) ont souligné que le ḥijāb était d'abord une séparation dans l'espace propre aux épouses du Prophète, étendue ensuite à toutes les femmes. Les autorités religieuses majoritaires maintiennent l'obligation pour toutes.
En une phrase : en France, le voile est un choix ; son histoire n'y change rien, mais elle éclaire ce qu'il signifiait.
Ce bloc répond simplement à une question : le voile est-il une prescription divine nouvelle, voulue pour la dignité de toutes les femmes ?
La défense, en trois points : (A) le voile est un commandement de Dieu, pas une coutume ; (B) il est adressé à toutes les croyantes ; (C) il honore et protège la femme.
Principe utilisé : la charge de la preuve (une explication humaine simple doit être écartée avant d'invoquer une cause divine).
Plus de 1 500 ans avant l'islam, les lois assyriennes imposaient le voile aux femmes mariées et l'interdisaient aux esclaves. Les Grecs, les Byzantins, les juifs et les chrétiens connaissaient le voile des femmes respectables. Le verset 33:59 reprend exactement cette logique : se couvrir pour être « reconnues » comme femmes libres.
Quand une règle religieuse reproduit une coutume sociale ancienne, avec la même fonction, l'explication la plus simple est qu'elle vient de cette coutume. Il faut une preuve forte pour affirmer le contraire.
Réponse des défenseurs : les religions précédentes avaient reçu la même règle de Dieu, d'où les ressemblances. Pourquoi ça ne suffit pas : les lois assyriennes n'étaient pas une religion révélée, et elles interdisaient le voile aux esclaves sous peine de coups. Cette explication fait de Dieu l'auteur d'une loi de classe païenne.
Principe utilisé : l'équivoque.
Dans le Coran, ḥijāb désigne une séparation : un rideau, un écran, une barrière (7:46, 19:17, 38:32). Le « verset du hijab » (33:53) demande aux visiteurs de parler aux épouses du Prophète « derrière un rideau ». Il ne parle pas de vêtement. Les versets sur le vêtement emploient d'autres mots : khimār et jilbāb.
Le mot a ensuite glissé : on appelle aujourd'hui « hijab » le foulard, et l'on attache à ce foulard l'autorité du « verset du hijab », qui portait en réalité sur un rideau dans la maison du Prophète.
Réponse des défenseurs : le vêtement est prescrit par d'autres versets (24:31, 33:59), peu importe le mot. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est vrai pour le couvrement, mais alors il faut cesser d'invoquer 33:53, qui ne parle que des épouses du Prophète, et rappeler que la raison de 33:59 est la distinction d'avec les esclaves.
Principe utilisé : la cohérence interne.
Selon Bukhari, ‘Umar répétait au Prophète « Voile tes femmes », et le Prophète ne le faisait pas. ‘Umar a même interpellé Sawda, épouse du Prophète, une nuit où elle sortait, « désirant que le verset soit révélé ». Le verset est venu ensuite, et ‘Umar s'en est félicité : « Mon Seigneur a été d'accord avec moi sur trois choses », dont le voile (Bukhari 146, 402).
Si la règle était voulue par Dieu de toute éternité, pourquoi le Prophète ne l'a-t-il pas appliquée avant ? Le récit décrit une règle qui naît de la pression d'un homme et d'un incident de noces, pas d'un plan divin.
Réponse des défenseurs : Dieu révèle au moment opportun, et ‘Umar avait une intuition juste. Pourquoi ça ne suffit pas : du point de vue de l'historien, ce récit est exactement ce qu'on observerait si la règle venait des hommes de l'entourage du Prophète. La version « divine » n'ajoute rien qu'on puisse vérifier.
Principe utilisé : à qui profite la règle.
Les versets de 33:32-33 et 33:53 s'adressent aux épouses du Prophète, présentées comme « non comparables à aucune autre femme ». Le verset 33:59, qui s'adresse aux autres croyantes, a pour raison de les faire reconnaître comme libres. Les esclaves, elles, ne devaient pas se couvrir, et un récit attribue à ‘Umar d'en avoir frappé une qui l'avait fait.
La « dignité » du voile n'était donc pas celle de toutes les femmes : c'était celle d'un rang, refusé à d'autres femmes.
Réponse des défenseurs : l'esclavage a disparu, toutes les femmes sont désormais concernées. Pourquoi ça ne suffit pas : alors la raison déclarée de la règle (se distinguer des esclaves) a disparu aussi. Il faut lui trouver une autre justification, que le texte ne donne pas.
Le voile n'est pas une nouveauté : il reproduit une coutume ancienne qui distinguait les femmes libres des esclaves. Le « hijab » du Coran est un rideau dans la maison du Prophète, révélé selon Bukhari après l'insistance de ‘Umar. Et la dignité qu'il signalait était celle d'un rang social, pas de toutes les femmes.
Ce que le lecteur peut retenir : l'histoire du voile est celle d'un marqueur de statut, adopté puis sacralisé, pas d'un commandement venu de nulle part.
Ce que cette fiche ne dit pas : beaucoup de femmes portent aujourd'hui le voile par conviction personnelle, et cette histoire ne leur enlève pas ce choix. La fiche juge l'argument de l'origine divine, pas les femmes.