La thèse défendue : « Le Coran contient des connaissances scientifiques impossibles au VIIe siècle, alors que la Bible contient des erreurs. C'est la preuve que le Coran vient de Dieu. » (Maurice Bucaille, La Bible, le Coran et la science, 1976)
Notre conclusion : la plupart de ces « connaissances » étaient déjà connues avant l'islam : la lune éclairée par le soleil (les Grecs), le lait fabriqué à partir du sang (Aristote), les palmiers mâles et femelles (les Médinois eux-mêmes les fécondaient). D'autres sont sorties de leur contexte : les montagnes qui « passent comme des nuages » décrivent la fin du monde, pas la rotation de la Terre. Le corps de Pharaon « sauvé » ne prouve rien : tous les pharaons étaient momifiés. Et Bucaille applique deux méthodes : lecture littérale pour la Bible, lecture bienveillante pour le Coran. En droit, c'est une croyance libre. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : les concordances entre le Coran et la science présentées par Maurice Bucaille résistent-elles à l'examen ?
Qui était Maurice Bucaille ? Médecin français (1920-1998), il publie en 1976 La Bible, le Coran et la science, traduit dans de nombreuses langues et diffusé gratuitement par millions d'exemplaires. Il y soutient que la Bible contient des erreurs scientifiques, et le Coran aucune. Son livre est à l'origine du courant moderne du « miracle scientifique », repris par Zakir Naik. Il a participé en 1976 à l'examen de la momie de Ramsès II à Paris.
Objection courante de l'athée : Bucaille interprète le Coran avec bienveillance et la Bible avec sévérité ; ses « découvertes » étaient connues ou sont des relectures.
Réponse courante du musulman : un médecin occidental, non musulman de naissance, a constaté objectivement l'exactitude scientifique du Coran.
D'autres « preuves » de Bucaille sont traitées dans leurs fiches : embryologie, Big Bang, expansion, mers, création en six jours, orbites, montagnes.
Sources à capturer : quran.com. Traductions faites dans ce projet, à comparer avec Hamidullah.
| « Preuve » de Bucaille | Verset | Ce que dit le texte (extrait) |
|---|---|---|
| Le corps de Pharaon conservé | 10:92 | « Aujourd'hui, Nous allons sauver ton corps, afin que tu sois un signe pour ceux qui viendront après toi. » |
| La lune réfléchit la lumière du soleil | 71:16 ; 25:61 | La lune est une « lumière » (nūr), le soleil une « lampe » (sirāj). |
| La fabrication du lait | 16:66 | Un lait pur qui sort « d'entre excréments et sang ». |
| La sexualité des plantes | 13:3 ; 36:36 | « De chaque fruit Il a placé deux éléments d'un couple. » |
| Le cycle de l'eau | 39:21 ; 23:18 | L'eau du ciel est acheminée vers des sources dans la terre. |
| La rondeur et la rotation de la Terre | 39:5 ; 27:88 | Dieu « enroule » la nuit sur le jour ; les montagnes « passent comme des nuages ». |
| La conquête de l'espace | 55:33 | « Si vous pouvez sortir du domaine des cieux et de la terre, sortez-en ; vous ne le pourrez qu'avec un pouvoir. » |
Ce hadith montre que les Arabes de Médine connaissaient, par la pratique, la distinction entre palmiers mâles et femelles et la nécessité de la fécondation.
Passages à capturer et à citer exactement avant publication.
nūr : « lumière » (employé aussi pour Dieu, 24:35). sirāj : « lampe ». yukawwiru (39:5) : « il enroule », comme on enroule un turban. sulṭān (55:33) : « pouvoir, autorité ». zawjayn : « deux éléments d'un couple, une paire ».
Lectures modernes : Bucaille, puis les auteurs du « miracle scientifique », lisent nūr comme « lumière réfléchie », yukawwiru comme « rendre sphérique », 27:88 comme la rotation de la Terre et 55:33 comme l'annonce des voyages spatiaux. Des critiques, y compris musulmans, ont reproché à Bucaille de ne pas connaître l'arabe classique en profondeur et de lire le Coran à travers la science de son temps.
En une phrase : en France, on peut croire au miracle ; c'est la logique, pas la loi, qui le juge.
Ce bloc répond simplement à une question : les « preuves scientifiques » de Bucaille montrent-elles des connaissances impossibles au VIIe siècle ?
La défense, en deux points : (A) ces faits ne pouvaient pas être connus à l'époque ; (B) un médecin occidental les a constatés objectivement.
Principe utilisé : la charge de la preuve (une connaissance déjà disponible ne prouve pas une révélation).
Que la lune soit éclairée par le soleil, les Grecs le savaient mille ans avant le Coran. Que le lait vienne du sang et de la nourriture, Aristote et Galien l'enseignaient. Que les palmiers aient des sexes, les Médinois le savaient si bien qu'ils les fécondaient à la main (Muslim 2363). Que la pluie alimente les sources, Aristote et l'Ecclésiaste le décrivaient. Que la Terre soit ronde, Ératosthène l'avait mesurée.
Pour qu'une connaissance prouve une origine divine, il faut qu'elle soit impossible à obtenir autrement. Aucune de celles-ci ne l'était.
Réponse des défenseurs : (A) un homme du désert, illettré, ne pouvait pas connaître la science grecque. Pourquoi ça ne suffit pas : certaines de ces connaissances étaient pratiques et locales (les palmiers), d'autres circulaient dans le Proche-Orient par les traditions juives, chrétiennes et syriaques. Et de toute façon, les versets eux-mêmes ne contiennent pas ces connaissances : il faut les y lire (test 2).
Principe utilisé : l'équivoque.
Le Coran appelle la lune une « lumière » (nūr) et le soleil une « lampe » (sirāj). Bucaille y lit « la lune réfléchit la lumière ». Mais le même mot nūr désigne Dieu lui-même : « Dieu est la lumière des cieux et de la terre » (24:35). Dieu ne réfléchit la lumière de personne. Le mot ne dit donc rien de la réflexion.
De même, « Il enroule la nuit sur le jour » (39:5) décrit l'alternance de la nuit et du jour, pas la forme de la Terre ; et le même Coran dit ailleurs que Dieu a « étendu » la terre comme un tapis (13:3, 88:20).
Réponse des défenseurs : le choix de deux mots différents pour la lune et le soleil n'est pas un hasard. Pourquoi ça ne suffit pas : toute langue distingue l'éclat du soleil et la lueur plus douce de la lune, parce qu'on les voit différemment. Cela ne demande aucune connaissance astronomique.
Principe utilisé : s'en tenir au texte et au contexte.
Bucaille et ses successeurs voient la rotation de la Terre dans 27:88 (« tu crois les montagnes figées, alors qu'elles passent comme des nuages »). Mais le verset précédent dit : « Et le jour où l'on soufflera dans la trompe… » : il s'agit du Jour du Jugement, quand les montagnes seront détruites. De même, 55:33 (« vous ne pourrez sortir des cieux et de la terre qu'avec un pouvoir ») est suivi de 55:35 : « Il sera lancé contre vous un jet de feu et de cuivre fondu ». C'est une menace de jugement, pas l'annonce des fusées.
Réponse des défenseurs : un verset peut avoir plusieurs niveaux de sens. Pourquoi ça ne suffit pas : alors n'importe quelle phrase peut « annoncer » n'importe quoi. Et si 27:88 décrivait la rotation de la Terre, les montagnes « passeraient » tous les jours depuis toujours, pas seulement le jour où l'on soufflera dans la trompe.
Principe utilisé : la vérification par les faits.
Le verset 10:92 dit que Dieu « sauvera le corps » de Pharaon pour qu'il soit un signe. Bucaille y a vu l'annonce de la conservation de sa momie jusqu'à nous. Mais tous les pharaons étaient momifiés, et des dizaines de momies royales sont conservées : la conservation d'un corps de pharaon n'a rien d'exceptionnel. Le pharaon de l'Exode n'est pas identifié, l'Exode n'est pas attesté par l'archéologie, et aucune momie royale ne montre de façon établie une mort par noyade.
Les exégètes, eux, expliquaient que le corps avait été rejeté sur le rivage pour que les Israélites voient que Pharaon était bien mort.
Réponse des défenseurs : la Bible ne dit pas que le corps de Pharaon a été sauvé, le Coran apporte une information nouvelle. Pourquoi ça ne suffit pas : une information qu'on ne peut rattacher à aucune momie identifiée ne peut pas être vérifiée, donc pas servir de preuve.
Principe utilisé : l'égalité de traitement (le plaidoyer spécial).
Bucaille lit la Bible au pied de la lettre pour y relever des erreurs (la création en six jours, le déluge universel, les généalogies). Pour le Coran, il cherche systématiquement le sens le plus favorable, quitte à s'écarter des exégètes classiques. Appliquée avec la même bienveillance, la Bible aurait elle aussi ses « miracles » ; appliquée avec la même sévérité, le Coran aurait ses erreurs : la création en six jours aussi (six jours), le soleil qui se couche dans une source (source boueuse), des « montagnes de grêle » dans le ciel (24:43), le sperme venu « d'entre les lombes et les côtes » (embryologie).
Réponse des défenseurs : (B) Bucaille était un scientifique objectif, venu d'un milieu chrétien. Pourquoi ça ne suffit pas : l'origine d'un auteur ne garantit pas sa méthode (c'est un argument d'autorité). C'est la méthode qu'il faut juger, et elle n'est pas la même pour les deux livres.
Les « preuves » de Bucaille reposent sur des connaissances déjà disponibles dans l'Antiquité, sur des mots ordinaires transformés en science, sur des versets de la fin du monde sortis de leur contexte, sur un corps de Pharaon impossible à identifier, et sur deux méthodes différentes pour la Bible et le Coran.
Ce que le lecteur peut retenir : le livre de Bucaille montre surtout qu'avec assez de bonne volonté, on peut trouver la science dans un texte ancien. Il ne montre pas que le texte la contenait.
Ce que cette fiche ne dit pas : elle ne met pas en cause la sincérité de Bucaille ni celle des lecteurs que son livre a touchés. Elle juge sa méthode et ses arguments. Voir aussi la critique du concordisme et les miracles scientifiques.