La thèse défendue : « Jésus n'a pas été crucifié : Dieu l'a élevé vers Lui et un autre a pris sa place. C'est la correction divine de l'histoire chrétienne. »
Notre conclusion : la crucifixion de Jésus est attestée par des sources indépendantes très proches des faits : Paul (vers 50 apr. J.-C.), les évangiles, l'historien romain Tacite, l'historien juif Josèphe, et même un passage hostile du Talmud. Le Coran, six siècles plus tard, la nie sans apporter la moindre source. Pour la sauver, la tradition doit supposer que Dieu a fait croire à tous les témoins qu'on crucifiait Jésus (shubbiha lahum), ce qui fait de Dieu un trompeur. Et l'idée d'un autre crucifié à la place de Jésus existait déjà chez des courants chrétiens hérétiques, bien avant l'islam. En droit, c'est une croyance libre. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que dit le Coran sur la mort de Jésus, comment la tradition l'explique-t-elle, et que disent les sources historiques ?
Objection courante de l'athée : l'affirmation du Coran contredit l'ensemble des sources historiques ; elle semble venir d'un courant gnostique.
Réponse courante du musulman : le Coran ne nie pas qu'il y ait eu une crucifixion, il nie que ce soit Jésus qui ait été tué ; les sources chrétiennes sont des témoignages de croyants, des écrits tardifs et déformés ; Dieu a sauvé Son prophète.
Sources à capturer : quran.com. Traductions faites dans ce projet, à comparer avec Hamidullah.
| Verset | Contenu en bref |
|---|---|
| 4:157-158 | « Ils ne l'ont ni tué ni crucifié, mais cela leur est apparu ainsi (shubbiha lahum). » Dieu l'a élevé vers Lui. |
| 3:54-55 | Dieu « complote » (makara) ; « Ô Jésus, Je vais te rappeler (mutawaffīka) et t'élever vers Moi. » |
| 19:33 | Jésus : « La paix sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité. » |
| 5:117 | « Lorsque Tu m'as rappelé (tawaffaytanī), c'est Toi qui étais leur observateur. » |
Ce hadith suppose que Jésus est vivant au ciel et reviendra, puis mourra sur terre (Abu Dawud 4324, à vérifier). Il intervient dans le débat sur 3:55 et 19:33 (voir le bloc 6, test 3).
Passages à capturer et à citer exactement avant publication.
shubbiha lahum : « cela leur fut rendu semblable, ressemblant » (voix passive, sujet non précisé : « il leur fut fait apparaître semblable »). makr : « ruse, complot » (employé pour Dieu en 3:54, 8:30). tawaffā : « prendre en entier », « faire mourir » (sens courant dans le Coran). raf‘ : « élévation ».
Lectures modernes : plusieurs penseurs musulmans (Mirza Ghulam Ahmad, fondateur de l'Ahmadiyya, mais aussi des savants du XXe siècle comme Mahmud Shaltut) ont soutenu que Jésus est mort de mort naturelle, sans croix ou après avoir survécu à la croix. Ces lectures sont rejetées par la majorité sunnite.
En une phrase : en France, on peut croire cette doctrine, et on peut dire qu'elle ne tient pas.
Ce bloc répond simplement à une question : l'affirmation du Coran sur la crucifixion tient-elle face aux sources ?
La défense, en trois points : (A) c'est une information divine qui corrige l'histoire des hommes ; (B) quelqu'un d'autre a pris la place de Jésus ; (C) les sources chrétiennes sont partiales.
Principe utilisé : la charge de la preuve (une affirmation extraordinaire demande une preuve proportionnée).
Les sources sur la crucifixion datent de 20 à 90 ans après les faits (Paul, les évangiles), et de sources hostiles ou indifférentes (Tacite, Josèphe, le Talmud) qui n'ont aucune raison de l'inventer. Le Coran, six siècles plus tard, la nie sans citer aucune source, aucun témoin, aucun détail. La défense (C) rejette les sources chrétiennes comme partiales : mais Tacite et le Talmud ne le sont pas, et les historiens non croyants s'accordent sur le fait.
Réponse des défenseurs : (A) l'information vient de Dieu, qui connaît mieux l'histoire que les historiens. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est supposer ce qu'il faut prouver. Pour un lecteur qui n'a pas déjà admis que le Coran vient de Dieu, une affirmation sans source qui contredit tous les témoignages anciens est la moins vraisemblable.
Principe utilisé : la cohérence du concept de Dieu.
Pour concilier le texte avec les faits, la tradition suppose que Dieu a donné à un autre homme les traits de Jésus, de sorte que les soldats, les prêtres, les disciples et la foule ont tous cru voir Jésus mourir (« cela leur est apparu ainsi »). Dieu aurait donc fait croire une chose fausse à des centaines de personnes, qui ont ensuite fondé une religion sur cette illusion, suivies pendant deux mille ans par des milliards de croyants.
Un Dieu qui trompe les témoins d'un événement n'est ni juste ni véridique. Le verset 3:54 parle d'ailleurs de Dieu comme « du meilleur des comploteurs » (khayr al-mākirīn).
Réponse des défenseurs : c'est un test de la foi, comme d'autres épreuves. Pourquoi ça ne suffit pas : une épreuve qui détourne une humanité entière de la vérité et la fait adorer un homme dans l'erreur n'est pas une épreuve de la foi, c'est un piège.
Principe utilisé : la non-contradiction.
Le Coran dit que Jésus a dit : « La paix sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité » (19:33). Dieu lui dit : « Je vais te rappeler à Moi » (mutawaffīka, 3:55), le même verbe que pour la mort ordinaire (« Dieu rappelle les âmes à leur mort », 39:42). Jésus dit : « Lorsque Tu m'as rappelé » (5:117). Plusieurs de ces versets se lisent naturellement comme une mort.
Pour sauver la thèse de l'élévation, les savants lisent ces verbes autrement et font de Jésus un être vivant au ciel depuis 2 000 ans, qui reviendra et mourra plus tard (hadith de Bukhari 3448). Pour qu'un texte soit « clair », il ne devrait pas exiger des explications qui retournent le sens habituel des mots.
Réponse des défenseurs : tawaffā signifie « prendre en entier », et Jésus mourra à son retour. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est une lecture possible, mais le même mot, dans la bouche de Jésus en 5:117, est employé pour le moment de la mort ordinaire. La tradition elle-même a longtemps hésité (certains compagnons lisaient « Je te ferai mourir »).
Principe utilisé : la charge de la preuve (une explication par l'emprunt est plus simple qu'une révélation).
Au IIe siècle, le gnostique Basilide enseignait déjà que Simon de Cyrène avait été crucifié à la place de Jésus, qui était resté invisible et riait des bourreaux (Irénée, Contre les hérésies, I, 24). Le docétisme, doctrine selon laquelle Jésus n'aurait eu qu'une apparence de corps et n'aurait pas réellement souffert, était répandu dans le monde syriaque, que fréquentaient les marchands de La Mecque.
L'explication la plus simple d'un verset qui dit « cela leur est apparu ainsi » est que le Coran reprend une tradition hétérodoxe qui circulait en Orient, comme pour d'autres récits (Dhu l-Qarnayn, voir la fiche source boueuse).
Réponse des défenseurs : la ressemblance prouve que ces courants avaient gardé un reste de vérité. Pourquoi ça ne suffit pas : les gnostiques niaient la réalité de la souffrance par principe doctrinal (le corps est mauvais), pas à partir d'un témoignage. Un reste de vérité aurait dû venir d'un témoin, pas d'une théorie.
La crucifixion de Jésus est attestée par des sources proches et indépendantes, y compris hostiles. Le Coran la nie six siècles plus tard sans source. La seule façon de concilier le texte avec les faits suppose un Dieu qui trompe les témoins. Les versets sur la mort de Jésus se contredisent avec la thèse de l'élévation, et l'idée de la substitution circulait avant l'islam.
Ce que le lecteur peut retenir : sur ce point précis, le Coran affirme le contraire d'un fait historique très solidement établi.
Ce que cette fiche ne dit pas : elle ne juge pas la valeur spirituelle de Jésus dans la foi musulmane, ni la sincérité des croyants. Elle ne se prononce pas sur la résurrection, qui relève de la foi. Elle juge une affirmation historique.