La thèse défendue : « La Torah et l'Évangile ont été falsifiés par les juifs et les chrétiens ; seul le Coran est resté intact. Quand la Bible contredit le Coran, c'est la Bible qui se trompe. »
Notre conclusion : le Coran ordonne aux juifs de « juger d'après la Torah » (5:43-45), aux chrétiens de « juger d'après l'Évangile » (5:47) et au Prophète de questionner « ceux qui lisent le Livre avant toi » en cas de doute (10:94). Un ordre pareil suppose que ces livres sont fiables à son époque. Or les manuscrits que nous possédons (Qumrân, papyrus et codex du IVe siècle) existaient avant Muhammad et sont, pour l'essentiel, identiques aux textes actuels : si la falsification avait eu lieu avant lui, le Coran ne pourrait pas les citer en exemple ; si elle a eu lieu après, ces manuscrits la montreraient. Et le Coran affirme que nul ne peut changer les paroles de Dieu (6:115). En droit, c'est une croyance libre. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que dit le Coran sur l'état des Écritures juives et chrétiennes, et que montrent les manuscrits ?
Objection courante de l'athée (et des juifs et chrétiens) : l'accusation de falsification est une défense commode : elle permet de rejeter tout ce qui, dans la Bible, contredit le Coran.
Réponse courante du musulman : le Coran confirme la Torah et l'Évangile d'origine, que Dieu a révélés à Moïse et à Jésus ; les textes actuels sont des écrits d'hommes, qui contiennent des erreurs et des contradictions (c'est la thèse de Bucaille et de Zakir Naik).
Sources à capturer : quran.com. Traductions faites dans ce projet, à comparer avec Hamidullah.
| Camp | Verset | Contenu en bref |
|---|---|---|
| Confirmation | 5:43-47 | La Torah et l'Évangile contiennent « guidée et lumière » ; qu'ils jugent d'après elles. |
| 10:94 ; 3:3 ; 5:48 ; 2:41 | Le Coran « confirme ce qui est entre ses mains ». | |
| Intégrité de la parole de Dieu | 6:115 ; 6:34 ; 10:64 ; 18:27 | Nul ne peut changer les paroles de Dieu. |
| Accusation | 2:75 ; 2:79 ; 3:78 ; 4:46 ; 5:13 ; 5:41 | Certains « déforment les paroles de leur place », « écrivent le Livre de leurs mains ». |
Passages à capturer et à citer exactement avant publication.
taḥrīf : « déformation, altération ». taḥrīf ma‘nawī : altération du sens (par l'interprétation). taḥrīf lafẓī : altération de la lettre du texte. tabdīl : « remplacement, changement ». Tawrāt : la Torah, ici l'ensemble des écrits donnés à Moïse. Injīl : « l'Évangile » au singulier, un livre unique donné à Jésus selon le Coran, distinct des quatre évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean.
Lectures modernes : la plupart des apologètes contemporains soutiennent l'altération du texte. Des savants musulmans, dont le grand mufti d'Égypte Muhammad ‘Abduh ou Muhammad Rashid Rida, ont discuté la question avec nuance, et plusieurs ont préféré l'avis d'Ibn ‘Abbas.
En une phrase : en France, on peut croire cette doctrine, et on peut dire qu'elle ne tient pas.
Ce bloc répond simplement à une question : la thèse « la Bible est falsifiée, le Coran la confirme » est-elle cohérente ?
La défense, en deux points : (A) la Torah et l'Évangile d'origine ont été révélés par Dieu, les textes actuels sont corrompus ; (B) quand le Coran et la Bible divergent, c'est la Bible qui est fausse.
Principe utilisé : la non-contradiction.
Le Coran dit aux juifs : « Comment te prendraient-ils pour juge, alors qu'ils ont la Torah, où se trouve le jugement de Dieu ? » (5:43), et aux chrétiens : « Que les gens de l'Évangile jugent d'après ce que Dieu y a fait descendre » (5:47). Il dit au Prophète de consulter « ceux qui lisent le Livre avant toi » (10:94). Cet ordre n'a de sens que si la Torah et l'Évangile que ces gens avaient entre les mains au VIIe siècle étaient fiables.
Si ces livres étaient déjà corrompus à l'époque de Muhammad, Dieu leur ordonnerait de juger d'après un faux. S'ils ne l'étaient pas, la corruption est postérieure : mais alors les manuscrits antérieurs au VIIe siècle, que nous avons, devraient montrer le texte « authentique » différent du texte actuel.
Réponse des défenseurs : le Coran demande de juger selon ce qui est resté authentique dans ces livres. Pourquoi ça ne suffit pas : le texte ne le précise pas, et personne ne peut dire quelles parties sont authentiques sans critère indépendant, ce qui ramène à juger la Bible avec le Coran, c'est-à-dire en cercle.
Principe utilisé : la vérification par les faits.
Si la falsification majeure a eu lieu avant Muhammad, elle doit apparaître dans les manuscrits de cette époque comparés à des manuscrits plus anciens. Or Qumrân (jusqu'à 70 apr. J.-C.) et les papyrus et codex chrétiens du IIe au IVe siècle sont, pour l'essentiel, identiques aux textes d'aujourd'hui. Si elle a eu lieu après lui, les manuscrits postérieurs auraient dû changer : ce n'est pas le cas non plus.
L'accusation de falsification majeure ne correspond donc à aucun fait vérifiable. Les variantes qui existent (fin de Marc, femme adultère) sont connues, minimes, et signalées dans les éditions.
Réponse des défenseurs : la falsification a eu lieu avant ces manuscrits, très tôt, par Paul ou les conciles. Pourquoi ça ne suffit pas : alors la Torah « authentique » n'existait plus déjà au temps de Jésus, que le Coran présente comme confirmant la Torah (61:6, 5:46). Il faudrait que Jésus ait lui-même confirmé un livre déjà corrompu.
Principe utilisé : la cohérence interne.
Le Coran dit : « Nul ne peut changer Ses paroles » (6:115 ; 6:34 ; 10:64 ; 18:27). Il dit aussi que les juifs et les chrétiens ont changé les leurs. Les deux ne vont pas ensemble. C'est ce qui a conduit Ibn ‘Abbas, rapporté par Bukhari, à soutenir qu'aucune lettre du livre de Dieu n'a été changée, mais que les gens du Livre en ont déformé le sens par l'interprétation.
La thèse la plus répandue aujourd'hui (le texte lui-même est falsifié) va ainsi à l'encontre de l'avis d'un des plus grands compagnons et de celui de Bukhari, que ces mêmes apologètes citent d'ordinaire comme autorité.
Réponse des défenseurs : « nul ne change les paroles de Dieu » vaut pour le Coran, pas pour les livres précédents. Pourquoi ça ne suffit pas : le texte du verset ne fait pas cette distinction, et les versets 6:34 et 10:64 parlent de « paroles de Dieu » en général.
Principe utilisé : le raisonnement circulaire.
Pour savoir si la Bible est falsifiée, on regarde si elle contredit le Coran. Si oui, elle est dite falsifiée. Et pour montrer que le Coran est vrai, on dit qu'il corrige la Bible falsifiée. Chaque affirmation s'appuie sur l'autre. Aucune ne s'appuie sur un fait extérieur.
Le même raisonnement, appliqué dans l'autre sens, permettrait aux chrétiens de dire que le Coran est une falsification parce qu'il contredit l'Évangile.
Réponse des défenseurs : les contradictions internes de la Bible montrent qu'elle est humaine. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est un argument sérieux, mais il faut alors appliquer le même examen au Coran (voir les fiches préservation et abrogation). Les contradictions apparentes ne se limitent pas à un seul livre.
Le Coran ordonne de s'en tenir à la Torah et à l'Évangile et d'interroger leurs lecteurs, il affirme que nul ne change les paroles de Dieu, et il accuse certains de les avoir déformées. Les manuscrits antérieurs à l'islam sont pour l'essentiel identiques aux textes actuels. Et le raisonnement tourne en cercle : la Bible est fausse parce qu'elle contredit le Coran, et le Coran est vrai parce qu'il corrige la Bible.
Ce que le lecteur peut retenir : l'accusation de falsification est un argument de défense, pas un fait établi. L'avis d'Ibn ‘Abbas (déformation du sens) est le seul qui s'accorde avec le Coran.
Ce que cette fiche ne dit pas : elle ne dit pas que la Bible est exempte de difficultés (variantes, contradictions apparentes, questions de datation) : ces débats existent entre spécialistes. Elle juge la cohérence de la thèse apologétique.