La thèse défendue : « Le mariage du Prophète avec Zaynab, ex-épouse de son fils adoptif Zayd, avait un but législatif : montrer par l'exemple que l'adoption ne crée pas de lien de filiation. »
Notre conclusion : on ne peut pas prouver un mobile, et la défense n'est pas absurde en soi. Mais un simple verset suffisait pour changer la règle. Et ce mariage s'inscrit dans une série de révélations qui accordent au Prophète des privilèges personnels : femmes qui se donnent à lui seul (33:50), choix libre de ses nuits entre ses épouses (33:51), limite de quatre épouses levée pour lui. ‘A’isha elle-même lui dit : « Je vois que ton Seigneur s'empresse de satisfaire tes désirs » (Bukhari 4788). Enfin, l'abolition de l'adoption a eu un coût : Zayd a perdu le nom de son père adoptif, et les enfants recueillis n'ont plus de filiation. En France, l'adoption existe. Détail au bloc 6 et au bloc 5.
Question : que raconte le Coran sur le mariage du Prophète avec Zaynab bint Jahsh, et la justification « législative » de ce mariage est-elle convaincante ?
Objection courante de l'athée : le Prophète a épousé la femme de son fils adoptif, et une révélation est venue justifier ce mariage ; d'autres révélations lui accordent des privilèges personnels.
Réponse courante du musulman : le mariage visait à abolir une coutume préislamique (l'adoption assimilée à la filiation) ; le Prophète l'a fait à contrecœur, par crainte de ce que diraient les gens ; Zaynab était sa cousine, qu'il connaissait depuis toujours.
Sources à capturer : quran.com. Traduction de Hamidullah, à vérifier mot pour mot.
| Verset | Contenu (d'après Hamidullah) |
|---|---|
| 33:4-5 | « Il n'a point fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants […] Appelez-les du nom de leurs pères : c'est plus équitable devant Allah. » |
| 33:36 | « Il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu'Allah et Son messager ont décidé d'une chose, d'avoir encore le choix dans leur façon d'agir. » |
| 33:37 | « Quand tu disais à celui qu'Allah avait comblé de bienfaits, tout comme toi-même l'avais comblé : “Garde pour toi ton épouse et crains Allah”, et tu cachais en ton âme ce qu'Allah allait rendre public. Tu craignais les gens, et c'est Allah qui est plus digne de ta crainte. Puis quand Zayd eut cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu'il n'y ait aucun empêchement pour les croyants d'épouser les femmes de leurs fils adoptifs. » |
| 33:40 | « Muhammad n'a jamais été le père de l'un de vos hommes, mais le messager d'Allah et le dernier des prophètes. » |
| 33:50 | Liste des femmes permises au Prophète, dont « toute femme croyante si elle fait don de sa personne au Prophète, pourvu que le Prophète consente à se marier avec elle : c'est là un privilège pour toi, à l'exclusion des autres croyants ». |
| 33:51 | « Tu fais attendre qui tu veux d'entre elles, et tu héberges chez toi qui tu veux. » |
Sur le repas de noces de Zaynab et la révélation du verset du « rideau », voir la fiche origine du voile (Bukhari 4791).
Passages à capturer et à citer exactement avant publication.
tabannī : « adoption ». da‘iyy (pl. ad‘iyā’) : « fils adoptif ». kafāla : « prise en charge » d'un enfant, sans filiation, qui remplace l'adoption en droit musulman classique. khāṣṣatan laka (33:50) : « réservé à toi ».
Lectures modernes : la plupart des auteurs musulmans retiennent l'explication législative et rejettent le récit de Tabari ; des orientalistes et critiques (dès le Moyen Âge, des polémistes chrétiens) ont vu dans l'épisode une révélation de circonstance.
De nombreuses études en psychologie de l'enfant soulignent l'importance, pour un enfant recueilli, d'une filiation et d'un nom stables. Le droit de la plupart des pays musulmans ne connaît que la kafāla, qui ne crée pas de filiation ni d'héritage (à préciser par pays : la Tunisie, par exemple, autorise l'adoption).
En une phrase : en France, l'enfant adopté est un enfant à part entière, avec un nom et des droits.
Ce bloc répond simplement à une question : la justification « législative » du mariage avec Zaynab est-elle convaincante ? Ici, le verdict est nuancé : on ne peut pas prouver un mobile, mais on peut examiner la cohérence de l'ensemble.
La défense, en deux points : (A) le mariage servait à abolir l'assimilation de l'adoption à la filiation ; (B) le Prophète l'a fait à contrecœur, par devoir.
Principe utilisé : la cohérence entre une règle et sa raison.
L'abolition de l'adoption est déjà faite par 33:4-5 : « Il n'a point fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants […] Appelez-les du nom de leurs pères. » Pour montrer qu'on peut épouser l'ex-femme d'un fils adoptif, une phrase suffisait, comme pour toutes les autres règles du mariage. Il n'était pas nécessaire que le Prophète l'épouse lui-même.
Réponse des défenseurs : la coutume était si ancrée qu'il fallait un exemple vécu par le Prophète lui-même. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est possible, mais cette raison est donnée après coup, et elle ne s'applique pas aux autres privilèges du même chapitre (test 2).
Principe utilisé : l'intérêt du témoin.
Dans la même sourate, le Prophète reçoit des droits qu'aucun autre croyant n'a : épouser toute croyante qui « se donne » à lui, « privilège pour toi, à l'exclusion des autres » (33:50) ; choisir librement quelles épouses il reçoit (33:51) ; dépasser la limite de quatre épouses (voir polygamie). Ailleurs, Dieu lui reproche de s'interdire, pour plaire à ses épouses, ce qui lui est permis (66:1).
‘A’isha, son épouse, a résumé l'impression que donne cette série : « Je ne vois ton Seigneur que s'empresser de satisfaire tes désirs » (Bukhari 4788). Quand celui qui transmet les règles en est aussi le premier bénéficiaire, la prudence s'impose.
Réponse des défenseurs : la remarque d'‘A’isha était une boutade de jalousie, pas une accusation. Pourquoi ça ne suffit pas : sans doute, mais elle décrit exactement ce qu'un observateur extérieur constate. Et elle vient de la personne la mieux placée pour le voir.
Principe utilisé : s'en tenir au texte.
Le Coran lui-même dit que le Prophète conseillait à Zayd de garder son épouse alors qu'il « cachait en son âme » ce que Dieu allait révéler, et qu'il « craignait les gens » (33:37). Le texte reconnaît donc une gêne et une dissimulation. Anas rapporte que si le Prophète avait dû cacher un verset, c'est celui-là qu'il aurait caché (Bukhari 7420).
La défense (B) y voit une preuve d'honnêteté : le Prophète n'a pas caché ce verset gênant. C'est un argument réel. Mais il ne dit rien de ce que le Prophète « cachait en son âme », que le récit de Tabari interprète comme une attirance pour Zaynab.
Réponse des défenseurs : ce qu'il cachait, c'était la connaissance que Dieu lui avait donnée de ce futur mariage, pas un désir. Pourquoi ça ne suffit pas : c'est une interprétation possible, mais le texte ne la précise pas. Les deux lectures existent dans la tradition, et l'on ne peut pas trancher par les seules sources.
Principe utilisé : à qui profite la règle.
Avant cet épisode, Zayd était appelé « Zayd fils de Muhammad ». Après, il redevient « Zayd fils de Haritha » (33:5, 33:40). La règle s'applique à tous : en droit musulman classique, un enfant recueilli ne peut plus porter le nom de ceux qui l'élèvent ni hériter d'eux. Cette règle est encore en vigueur dans la plupart des pays musulmans, au détriment de nombreux orphelins.
Réponse des défenseurs : la règle protège la vérité de la filiation biologique ; la kafāla permet d'élever l'enfant. Pourquoi ça ne suffit pas : protéger la vérité biologique n'exige pas de priver l'enfant d'un nom et d'un héritage. Beaucoup de pays, dont la Tunisie, autorisent l'adoption sans renier la mémoire des origines.
La justification législative n'est pas absurde, et le fait que le verset gênant ait été conservé plaide pour la sincérité du Prophète. Mais un simple verset suffisait, ce mariage s'inscrit dans une série de privilèges personnels révélés au Prophète, et l'abolition de l'adoption a eu un coût réel pour les enfants recueillis.
Ce que le lecteur peut retenir : quand des révélations accordent régulièrement des avantages à celui qui les transmet, même ses proches l'ont remarqué.
Ce que cette fiche ne dit pas : elle ne prétend pas connaître les sentiments du Prophète ; les sources ne permettent pas de les établir. Elle juge la cohérence de la justification apologétique.